LES MÊMES, HENRY. HENRY
Salut à madame Werner.
MADAME WERNER
Eh! mais je ne me trompe pas! c'est M. Henry, le domestique de M. Senneville, cet officier français, qui m'a fait l'honneur, il y a deux ans...
HENRY
Lui-même, madame Werner, et qui précède d'un quart de lieue son maitre ; je fais ici l'office de fourrier, et je viens préparer le logement du capitaine; il ne s'arrêtera ici que peu d'instants; mais il viendra vous revoir quand il aura parcouru la Suisse.
MADAME WERNER, à part.
Oh! mon Dieu! et moi qui ne suis pas préparée... quelle heureuse arrivée! Un officier qui ne regarde pas à la dépense... et qui paye... (a la cantonade.) Fritz ! Muller ! préparez la chambre du premier, une bouteille de vin de Bordeaux à monsieur Henry.
HENRY
Cette digne madame Werner, je la reconnais bien là... Toujours aux petits soins pour ses hôtes... Et du vin de France encore !
MADAME WERNER
Votre maître me l'avait bien promis : j'étais sûre qu'il me tiendrait parole.
HENRY
Oh! ce n'e§t pas du tout parce qu'il vous l'a proi. 2
ii kl/ITLY.
mis; vous seriez peut-être la première femme... mais il a quitté le service; une blessure grave, qu'il a reçue dans la dernière campagne, Ta forcé, à vingtcinq ans, à prendre sa retraite; et ma foi, avec une vingtaine de mille livres de rente, pas de famille et des talents, on est bien partout.
MADAME WERNER
Quoi ! M. Senneville vient ici ?...
HENRY
Air : Dans ce castel dame de haut lignage.
Amant zélé de la belle nature, Admirateur de vos riants vallons, Mon jeune maître, épris de la peinture, Quittant l'épée, a saisi ses crayons.
Guidés bientôt par une main savante, Oui, ses pinceaux vont rapporter chez nous Ces vieux rochers qui glacent d'épouvante; i .. C'est pour cela qu'il revient près de vous. \
MADAME WERNEB.
Et M. Senneville me fait l'honneur de descendre
chez moi ?
HENRY
Pourquoi pas, madame Werner? on trouve chez vous tant d'égards... tant de soins!... (à ptrtjen payant.
MADAMK WEBNER.
Je vais veiller moi-même à ce qu'il ne vous manque rien! liuily! Rutlyl eh bien I que fais-tu là?
EUTLY, tristement.
Rien, ma mère !
EENBY. '
Eh ! c'est l'ami Rutly, en effet!.'.. Comme il est grandi ! Qu'est-ce qu'il a donc?... il a l'air tout triste,
votre fils ?
KETTLY. 15
MADAME WERNER, bas.
C'est un imbécile !
HENRY
Je sais bien, mais ce n'est pas une raison pour s'affliger.
MADAME WERNER
Il veut épouser une fille qui n'a rien !
HENRY
Et vous vous. y opposez, n'est-ce pas? vous êtes dans les bons principes !
MADAME WERNER
Et songe à faire bonne mine à nos voyageurs, entends-tu ? sois gai !
RUTLY, tristement.
Oui, ma mère, je serai bien gai.
HENRY
Allons, viens avec moi ; un verre de Bordeaux, ça va faire évaporer tes idées de constance... (a madame wemer.) Gomment diable voulez-vous? Je parie que vous ne lui donnez que du laitage à ce gaillard-là; il n'y a rien qui pousse au sentiment comme votre breuvage pastoral !
Ils entrent chez madame Werner.