‹ Théâtre choisiChapitre 67 sur 206 · SCENE XII JULES, MONTIVON, AMÉLIE · texte numérisé non relu

SCENE XII JULES, MONTIVON, AMÉLIE

Montivon a changé de gilet et d'habit. ' MONTIVON.

0 vertueux Dunand ! Si je n'étais pas dans l'état où je suis, je voudrais vous serrer dans mes bras ; mais impossible ! je suis presque en dissolution; il n'y a que le côté gauche qui marche un peu.

JULES

Quoi ! monsieur Montivon, vous avez déjà déjeuné?...

MONTIVON.

Je n'ai pas faim... (Bas àjuies.) Et puis je ne puis pas m'asseoir... je vous dirai pourquoi. (Haut.) Charmante Amélie ! je suis touché jusqu'aux larmes de ce qu'il vient de vous dire... Vous consentez, n'est-ce pas? Oh î dites-moi, dites-moi que vous consentez à ne pas retarder la cérémonie ; et vous pouvez ajouter tout bas : Je suis une femme idolâtrée !

AMELIE, avec intention.

Je ne veux qu'être aimée, Monsieur ; ce désir est d'autant plus sincère que, jusqu'à présent du moins, il n'a pas été exaucé.

BIONTIVONj à paît, après un moment de réflexion.

Je ne saisis pas à quoi elle veuf faire allégorie, «'it me disant cela. Ah! imbécile que je suis I... Dans

l'excès de ma joie, j'oubliais de vous dire... J'arrive de lécurie... Oui, j'ai voulu voir mou assassin manger l'avoine (c'est une fort belle bête) : j'ai fait une trouvaille à la porte... une lettre...

JULES, à part.

Ma lettre, que j'aurai laissé tomber, en descendant de cheval.

MONTIVON.

Je l'ai mise dans ma poche... et la voici.

JULES, bas à Montivon.

Que faites-vous, monsieur Montivon? cette lettre...

Jules saisit vivement le bras de Montivon pour l'empêcher de remettre la lettre à Amélie ; celui-ci jette un cri de douleur.

MONTIVON.

Ho! holà!... (En riant d'un air douloureux.) Oh! lUOn bon

ami, parole d'honneur ! vous m'avez fait un mal affreux !... Eh bien ! quoi ! cette lettre...

JULES, bas à Montivon.

Donnez- la-moi.

MONTIVON.

En voilà une jolie, par exemple ! Vous liriez une lettre qui n'est pas à votre adresse? Est-ce vous qui êtes mademoiselle Amélie Clémançot? Voilà toute la question. Êtes-vous mademoiselle Amélie Clémançot? Répondez franchement.

AMÉLIE

Quoi! cette lettre?

MONTIVON.

Vous est adressée, et quoiqu'elle ne soit pas cachetée, je vous prie de croire que je ne l'ai pas lue... La voici telle que la nature l'a produite...

Amélie prend la lettre.

loi HEUR ET MALHEUR.

JULES, à part.

Et c'est lui ! . . . Cet homme est marqué du sceau de la fatalité.

MONTIVON, bas à Jules.

Vous avez eu de la peine à la décider, hein !

JULES

Je vous jure que jamais position ne fut plus embarrassante que la mienne.

AMELIE, regardant la signature.

De lui!... (Elle lit.) « Mademoiselle, jusqu'à présent « je vous ai caché mes sentiments, mais je ne puis « en contenir plus lontemps l'expression. Je vous « aime, je vous adore ! Au nom du ciel ! faites tout « au monde pour rompre votre mariage avec ce (( Montivon, ou je m'éloigne pour toujours.

« Selon votre réponse, au revoir ou adieu ! » Il m'aime ! et c'est M. Montivon qui me remet cette lettre...

MONTIVON, bas à Jules.

Elle a l'air drôle, dites donc !

JULES, avec embarras.

Oui... il me semble...

AMELIE, souriant à Montivon.

Je vous remercie, monsieur Montivon, de votre discrète attention; je ne l'oublierai pas.

Elle fait une révérence.

MONTIVON, à part, avec joie.

Elle oe l'oubliera pas!... Tout me sourit, mon ami, tout me sonrit. (La saluant.) Vous nous quittez? .1»' vous présente Phommage empressé de mon respect.

Il jette un cri en saluant et porte la main à sa hanche.

Air : Je reconnais ce militaire.

L'amour dans ses yeux étincelle.

JULES, à part.

Je tremble et de crainte et d'espoir!

Bas à Amélie.

Je pars!... Adieu, Mademoiselle...

AMÉLIE

Au revoir, Messieurs!

JULES, avec joie, à part.

Au revoir...

Au moment où Amélie \a sortir, Jules la retient par la main, et lui dit à demi-voix :

Non, de vous fuir, Mademoiselle,

Le devoir m'impose la loi ; Oubliez-la, cette lettre cruelle

Que l'on vous remit malgré moi, A mon rival engagez votre foi.

Amélie cherche à réprimer son émotion, et sort d'un air résigné.

L'amour dans ses yeux étincelle ; Ah! pour moi, quel heureux espoir!

Elle est encor six fois plus belle Lorsqu'elle me dit : Au revoir!

JULES

Ah! le bonheur est auprès d'elle, Un instant j'ai cru l'entrevoir.

Pourquoi la fortune cruelle Vient-elle m'ôter tout espoir?

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