SCÈNE IY ALBERT, ADOLPHE
ADOLPHE
Ah! çà, mon cher Albert, me diras-tu par quel heureux hasard je te retrouve aujourd'hui auprès d'Ermenonville, dans la maison respectable de M. Hamelin ?
ALBERT
J'étais venu faire quelques études de paysage à Morte-Fontaine ; j'y rencontrai M. Hamelin chez un ami : le bonhomme m'invita, et j'acceptai. Mais toi, qui es installé ici, est-ce que tu serais amoureux de la fille de la maison? est-ce qu'on te la refuserait?
ADOLPHE
Au contraire, on me l'accorde, et je ne laimepas. Figure-toi que je vins dans ce pays pour y faire une fin... un mariage. La famille Hamelin me reçut comme beaucoup d'autres, et l'on me parlait souvent d'une demoiselle Eulalie, élevée loin d'ici, je ne sais où, qui a dix-huit ans; ma foi, je la demandai en mariage sans la connaître : ma demande fut agréée, et tandis qu'on se préparait à la rappeler dans sa famille, moi je partis pour Paris, afin de consulter mon père.
ALBEET.
Mais, jusque-là, je ne vois rien de bien désespérant.
ADOLPHE
Malheureusement ce n'est pas tout... Ne voilà-t-il pas que je m'avise de devenir amoureux à Paris !
ALBERT
Amoureux!
ADOLPHE
Parole d'honneur ! mais très-sérieusement... Une jeune inconnue dans un pensionnat dont le jardin était sous mes fenêtres. (Albert rit.) Tu riras tant que tu voudras ; mais si tu voyais cet air de candeur, d'innocence, elle estcharmante, d'autant plus charmante que je crois qu'elle m'aime.
ALBERT
Eh bien! te voilà bien disposé pour épouser mademoiselle Hamelin.
ADOLPHE
Comment faire ? Il a bien fallu revenir, à moins de passer pour un homme sans usage ; mais plus le moment approche, et plus mon embarras augmente.
ALBERT
Dis à ton père de refuser son consentement.
ADOLPHE
Bah! tous l'ont déjà donné leur consentement; car toute ma famille va arriver ici... Si c'étaient seulement des parents comme on en voit tant... mais j'ai le malheur d'avoir la famille la plus respectable de Paris.
ALBERT
C'est vrai... D'abord M. Coquerelton père, ancien notaire ; M. Prudhomme, membre de l'Institut ; M. Rousseau, agronome distingué, et madame Pitou, l'ancienne gouvernante de la famille, brave et
honnête femme, qui, sous prétexte qu'elle demeu rait au Marais, nous faisait toujours de la morale.
ADOLPHE
Toi qui es l'homme aux expédients, trouve-moi donc un moyen de sortir de là.
ALBERT
Nous verrons, je ne dis pas non; silence, on vient; nous en causerons au dessert.