SCÈNE YI II
SENNEVILLE, seul.
M'y voilà donc, dans cette Suisse, dont les sites pittoresques et les mœurs patriarcales m'avaient laissé de si doux souvenirs ! Quel vaste champ pour le moraliste... et pour le peintre de paysages, car je me tlatte d'être en môme temps l'un et l'autre... et pourquoi ne me fixerais-je pas ici? La France est un beau pays, sans doute, mais les femmes!... les femmes!... elles m'ont si indignement trompé! tandis qu'ici, du moins... oui, je crois que je m'y déciderai.
Air du rondeau de la Pénélope de la Cité (de IMantade).
Heureuv habitants Des beaux vallons de l'Hclvétie,
Pays enchanté, Séjour de la simplicité.
Au sein de vos champs, Oui, je viens pour passer ma vie,
Loin des intrigants, Des coquettes et des méchants.
Qu'un pauvre en pleurant Aille Implorant Pour sa misère, Loin de nos palais Il est ehassé par des valets.
L'homme des chalets, En lui voyant toujours un frère
Ouvre a\rr bonté Le seuil de l'hospitalité.
Heureux habitants, etc.
Près d'être mari, Victime d'une perfidie,
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Un objet chéri En me caressant m'a trahi.
Mais, ce malheur- là, Assez commun dans ma patrie,
11 m'épargnera De l'autre côté du Jura.
Heureux habitants, etc.
Oui, c'est sans retour, Pour jamais, je quitte la France,
Pays où l'amour Parait et s'enfuit tour à tour!...
Sans craindre un détour, On peut juger sur l'apparence,
Dans l'heureux séjour Où Lavater a vu le jour.
Heureux habitants, etc.
Mais, je ne vois pas Henry... je l'ai envoyé en avant pour faire préparer mon déjeuner, et je commence à sentir que ma précaution était bonne... Quand j'y pense... c'est voyager lestement, cent cinquante lieues en trois jours et à franc étrier : j'ai tué trois chevaux! N'ai-je pas eu raison? Pouvais-je fuir assez vite un monde ou je n'ai rencontré que des ingrats? A la veille de m'unir à une femme que j'idolâtrais, j'apprends... heureusement, que je ne suis pas le seul...