ACTE II, SCÈNE VHI
personne de qualité (c'est ma cousine germaine), qui m'estime cent fois plus que je ne mérite (je suis son' héritier) ; elle a pour moi Quelque bonté. (Ne parlez pas de notre mariage.) J en ai toute la reconnaissance imaginable. (Elle y mettrait obstacle.) Et comme elle a de certaines vues pour mon établissement et pour ma fortune , elle craint q^ue je ne prenne des mesures contraires aux siennes.
LÀ BARONNE
Oui, Madame, voilà par quel motif.
MADAME PATIN
Je vous demande pardon^ Madame.
LA BARONNE
Vous vous moquez, Madame. Mais, dites-moi seulement, je vous prie, quel commerce Monsieur le chevalier...
MADAME PATIN
Commerce, Madame! Qu'est-ce que cela veut dire, commerce ?
Comment, Madame la baconne? Ignorez- vous que la maison de Madame est le rendez-vous de tout ce qu'il y a d'illustre à Paris ? (C'est une ridicule.) Que pour être en réputation dans le monde, il faut être connu d'elle ? (Ne lui dites rien de notre dessein.) Que sa bienveillance pour moi est ce qui fait tout mon mérite? (C'est une babillarde qui le dirait.) Et qu'enfin je fais tout mon bonbeur de lui plaire, et que c'est cela ce qui m'amène ici?
MADAME PAnN.
Oui, Madame , voilà tout le commerce que nous avons ensemble.
LA BARONNE
Pardonnez-moi, Madame.
LE CHEVALIER
Eh ! de çrâce I Mesdames, n'entrez point dans des éclaircissements qui ne sont bons à rien. Soyez amies pour l'amour de moi^ je vous en
conjure ; et que celle de vous deux qui m'estime le plus embrasse Tautre la première.
(La baronne et Madame Patin courent s*embrasser
avec empressement.)
LA BARONNE
Madame, je suis votre servante.
C'est moi qui suis la vôtre, Madame.
LE CHEVALIER
Parlons, parlons de votre procès, Madame, je vous prie.
MADAME PATIN
Au moins, je n'ai pas attendu vos recommandations, Monsieur le chevalier, pour parler de Taffaire de Madame ; mais on trouve sa cause fort mauvaise.
LA BARONNE
Madame, on a menti ; je la maintiens bonne. Demandez à M. le chevalier; il la sait sur le bout de son doigt. Contez, contez-là un peu à Madame.
LE CHEVALIER
Vous avez tant d'affaires, Madame, que je ne sais pas de laquelle il est question. Je sais seulement qu'elles sont toutes aussi claires que le jour, et accompagnées de certaines circonstances dont je ne me souviens pas bien ; mais qui sont les plus justes du monde, sans contredit.
LA BARONNE
Je vous en fais juge vous-même , Madame ; écoutez seulement. C'est un procès intenté avant la bataille de Pavie. Mon bisaïeul y commandait un régiment ; il fut tué à cette bataille. Ah ! s'U était encore au monde, je serais bien sûre de gagner ma cause. N'est-il pas vrai. Monsieur le chevalier?
LE CHEVALIER
Je crois que oui, Madame.
Vous voyez bien. Madame... (Elle voit rire Lisette.) Qu'avez-vous à rire, ma raie? Vous avez là