ACTE III, SCÈNE III. 13i
LISETTE
Vraiment, s'il vous avait crue de ses amies, il n'en aurait pas parlé si librement.
* MADAME PATIN
Ah ! Lisette, le chevalier me trompe assurément ; et je suis peut-être une de ces cinq ou six à qui il promet tour à tour I
LISETTE
Voilà des tablettes qu'il m'a chargée de vous donner, et je n'ai pas voulu vous les rendre en présence de Monsieur Migaud.
MADAME PATIN
Tu as bien fait. Que veut-il que je fasse de ces tablettes ?
Il a écrit quelque chose dessus, et ce sont peutêtre les raisons qui l'ont empêché de vous attendre.
MADAME PATIN
Voyons? Ah ! ah ! vraiment le chevalier n'est point si coupable. Il n'est sorti, apparemment, que pour avoir un prétexte de me faire cette galanterie.
LISETTE
Comment donc, Madame ?
MADAME PATIN
Ce sont des vers les plus tendres du monde ; et si son cœur les a dictés, j'ai bien lieu d'en être contente. Monsieur Migaud est un médisant, le chevalier est un honnête homme.
LISETTE
Oui, Madame, assurément; et, pour moi, je jurerais quasi qu'il vous aime.
MADAME PATIN
Il m'en a fait lui-même un million de serments.
LISETTE
Ne vous dis-je pas...
MADAME PATIN
Quel papier as-tu là ?
C'est un papier que j'ai trouvé ici. Il faut que ce soit ce fou de Crispiu qui Tait laissé tomber de sa poche. Il y a quelque chose de tout à fait drôle, Madame, et je Tai gardé pour vous en donner le divertissement. '
MADAME PATIN
Voyons ce que c'est. « Liste des mailresses de mon maitre, avec leurs noms, demeures et qualités, » Et vous croyez, Lisette, que cela doit me divertir?
LISETTE
Oui, Madame. Lisez, lisez seulement le reste; cela vous donnera du plaisir, je vous en réponds.
MADAME PATIN
Ce commencement ne m'en fait point du tout. « Dorimène la médisante , rue des Mauvaises- Paroles. » Dorimène ! Dorimène ! Ah ! voilà ma marquise justement; Monsieur Migaud avait raison, le chevalier est un scélérat! Un siège, je n'en puis plus !
LISETTE
Madame, Madame. Ohl par ma foi, je ne croyais pas que vous vous fâcheriez de ces petites bagatelles ! N'achevez pas. Madame, puisque vous êtes si sensible.
MADAME PATIN
Non, non, je veux connaître toutes ses intrigues, pour le haïr mortellement.
LISETTE
Si vous êtes dans ce dessein-là, vous n'avez qu'à continuer.
« La Sotte Comtesse, rue Bétisy , à l'hôtel de Picardie, » Le traître !
u La M gnifique Marchande y rue des Cinq- Liamants, à la Folie des Bourgeoises, » Que je me veux de mal de l'avoir aimé !
« Lucinde, la Coquette, en cour, au Grand- Commun, » Que je le hais !
« Silvanire, la Précieuse, rue Montorgueil. » Je le déteste !
« Mademoiselle du Hasard, rue des Bons-Enfants, au Repentir, » C'est un monstre !