ACTE III, SCÈNE Xï
que vous savez, et cette Madame vient les arracher, en disant qu'ils sont faits pour elle î
MADAME PATIN
Eh bien ! pourquoi s'emporter de cette sorte ? La modération ne doit-elle pas être le partage d'une jeune fille? Et quoique vous soyez persuadée que la raison est pour vous, faut-il pour cela faire la harengère comme vous faites ?
LA BARONNE
Qu'est-ce à dire? La raison est pour elle? Je soutiens, moi, que ces vers sont à moi, et qu'elle a menti quana elle s'en veut faire honneur.
MADAME PATIN
Et, quand cela serait, Madame, est-il bienséant à votre âge d'en venir à ces extrémités, et ne devriez-vous pas rougir de clabauder de la sorte pour de méchants vers?
De méchants vers, ma tante I Ils sont les plus jolis du monde. Lisez-les seulement, et vous verrez bien qu'ils sont faits tout exprès pour moi.
MADAME PATIN
Voyons donc. Madame, s'il vous plsdt.
LA BARONNE
Non, Madame, je ne les rendrai point. Je vais vous les dire par cœur, et vous connaîtrez bien Pfiir là que votre nièce ne sait ce qu'elle dit.
Le charmant objet que j'adore Brûle des mêmes feax dont je sais enJBammé; Mais je sens que je l'aime encore Mille fois plus que je n'en suis aimé.
LUCILE
Eh bien, ma tante ? « Le charmant objet,,, »
MADAME PATIN
Eh bien, ma nièce, vous avez le front de soutenir que ces vers là sont faits pour vous !
LUCILE
Oui, ma tante.
LA BARONNE
Vous voyez bien. Madame, que je ne vous fais point d'imposture, et que votre nièce n'a pas raison.
Vous êtes toutes deux bien étranges, et nous sommes toutes trois bien dupes. Tenez, Madame.
LA BARONNE
Ah! ce sont les tablettes que je donnai hier au chevalier.
MADAME PATIN
C'est aussi lui qui me les a laissées.
LISETTE
Voilà un fort bon incident.
LUCILE
Oh bien ! je ne connais point votre chevalier ; mais f ai vu faire les vers moi-même, et je vous ferai bien voir que je dis vrai. Adieu.
LA BARONNE
Je vais chercher le chevalier, Madame, et je le dévisagerai, si je le trouve.