SCÈNE PREMIÈRE
MONSIEUR SERREFORT, LISETTE.
MONSIEUR SERREFORT.
Ne crains rien, ma pauvre Lisette, ne crains rien. Madame Patin ne saura pas que l'avis est venu de toi.
LISETTE
Au moins, Monsieur, vous savez bien que ma petite fortune dépend d'elle en quelque façon ; et si ce n'était que vous donnez des commissions à mon père, à mon cousin, et à celui qui veut m'épouser, je ne trahirais pas ma maîtresse pour vous faire plaisir.
MONSIEUR SERREFORT.
Comment? Sais-tu bien que c'est le plus grand service que tu lui puisses rendre, que de détourner ce mariage ?
LISETTE
J'ai toujours travaillé pour cela, autant qu'il m'était possible. Dans les commencements j'ai cru qu'elle se moquait ; mais quand j'ai vu que c'était tout de bon, j ai couru vous avertir.
MONSIEUR SERREFORT.
Tu as parfaitement bien fait.
LISETTE
La partie est faite pour cinq heures du matin. Madame est dans son cabinet, qui compte de l'argent, dont Monsieur le chevalier lui a dit avoir affaire ; et il viendra dans une petite demi-heure, avec son notaire : c'est l'ordre de Madame.
MONSIEUR SERREFORT.
La malheureuse !
LISETTE
Ils seront bien surpris tous deux de vous voir à leurs noces sans en avoir été prié ?
MONSIEUR SERREFORT.
Ils ne s'y attendent guère.
LISETTE
Vous n'êtes pas le seul obstacle que j'ai préparé à leurs desseins.
MONSIEUR SERREFORT.
Gomment donc? Qu'as-tu fait encore?
LISETTE
Il y a une vieille plaideuse de par le monde, oui est aussi amoureuse du chevalier que Madame votre belle- sœur, pour le moins. Je l'ai fait avertir par un solliciteur de procès, qui est mon compère, de tout ce qui se prépare ici, et je répondrais bien q[u'elle ne manquera pas de se trouver aux fiançailles.
MONSIEUR SERREFORT.
Cela est fort bien imaginé.
LISETTE
Pour vous, il faut, s'il vous plaît, que vous demeuriez quelque temps caché dans ma chambre, et je vous avertirai quand ils seront avec le notaire.
MONSIEUR SERREFORT.
C'est bien dit. Oh ! ventrebleu ! ma pendarde de belle-sœur n'est pas encore où elle s'imagine !
LISETTE
Elle fait de grands projets pour votre satisfaction, et il ne tiendra pas à elle que Mademoiselle votre fille ne suive l'exemple qu'elle prétend lui donner. J'en ai déjà dit tantôt un mot à Monsieur Migaud.
MONSIEUR SERREFORT.
Ah ! la double enragée I C'est donc elle qui a donné à ma fille la connaissance d'un petit godelureau que j'ai trouvé chez moi un moment avant que tu ne vinsses.