SCÈNE V
MADAME AR6ÂNTE.
Il semble que tout soit fait aujourd'hui pour me désespérer I
LISETTE
Que vous est-il donc arrivé ?
MADAME ARGA.NTE.
Je viens de rencontrer le petit comte dans un carrosse !
LISETTE
Ëh bien, Madame?
Mon coquin de fils était avec lui !
LISETTE
Quoi, Madame! est-ce qu'ils se connaissent?
Je ne crois pas ; mais Éraste aura su que nous nous aimons ; il lui va faire cent sots contes de moi.
LISETTE
Oh ! Madame ! il a trop de respect...
Lui, du respect? C'est un petit dénaturé, qui ne veut pas que je me marie.
LISETTE
Le petit ridicule !
Il porte exprès des perruques brunes, et il dit partout qu'il a trente-cinq ans, pour m'empêcher de paraître aussi jeune que je le suis.
LISETTE
Le méchant esprit ! il n'en a pas encore vingt, je gage ?
Assurément il ne les a pas ; et quand je le fis, j'étais si jeune, si jeune, que- c'est un miracle que je l'aie fait.
Et le petit ingrat ne vous sait point de gré d'avoir fait un miracle ?
Je me vengerai de son ingratitude, et je veux me dépêcher de devenir comtesse.
LISETTE
Vous ne sauriez prendre un meilleur parti.»
Tout ce qai m'inquiète, c'est que ce petit comte est bien joli homme ; et les jolis gens aujourd'hui sont rarement sans beaucoup d'intrigues.
LISETTE
Et quand il en aurait. Madame, il ne devrait vous en paraître qae plus aimable. De bonne foi, vous accommodenez-vous d'un amant qui n'aurait aucun sacrifice à vous faire ?
Non ; mais je ne voudrais point un mari qui me sacrifiât à ses maltresses.
LISETTE
Ma foi, Madame, je répondrais bien de celui-ci, et je mettrais ma main au feu qu'il ne vous fera jamais d'infidélité.
Tu vois qu'on lui envoie des billets jusque chez moi?
Ce n'est pas sa faute.
Je saurai bien des choses, avant qu'il soit peu.
LISETTE
Gomment donc. Madame ?
Il y a une adroite de par le monde, qui, depuis quelques jours, prend soin d'observer sa conduite.