SCÈNE II ANGÉLIQUE, VALÈRE, LISETTE, BIERLIN
VALèRE.
Ah! Madame, que je voas suis redevable de me donner vous-même les occasions de vous entretenir ! que ce bonheur me récompense bien de tous les moments que j'ai passés sans oser vous parler ! J'ai maintenant mille choses à vous dire, Madame.
MERLIN
Monsieur, parlez en abrégé, s'il vous plaît, le temps nous presse un peu.
ANGÉLIQUE
Et moi, Valère, j'ai de bien fâcheuses nouvelles
obtenu. Elle ne m'a donné que cette seule journée pour me préparer.
VALÈRE
Que je suis malheureux ! Hélas, Madame votre mère me fit hier aussi la même proposition.
MERLIN
C'est apparemment la même ]une (|ui gouverne la cervelle de ces deux bonnes gens-la.
VALÈRE
Merlin, mon pauvre Merlin, tu vois l'embarras où nous sommes.
MERLIN
Bon, bon, vous voilà bien malades : d'épouser Madame Gérante, vous; et vous. Monsieur Oronte, c'est le pis qu'il en puisse arriver.
VALÈRE
Que tu me fais passer de fâcheux moments !
MERLIN
Ne serez-vous pas bien aise de devenir le beaupère de Monsieur votre père ? Je ne trouve rien de plus drôle que cela, moi.
ANGÉLIQUE
Quelle extravagance 1
MERLIN
Hé I Madame, votre mère deviendra votre fille, à vous ; cela sera tout à fait plaisant, oui.
VALÈRE
Et de grâce, Merlin, point de plaisanteries à contre-temps : achève, s*il se peut, de nous rendre service, et sois assuré d'une parfaite recoimaissance, si tu viens à bout de cette affaire.
MERLIN
Oh ! pour cela oui, j'en viendrai à bout, pourvu que vous «oyez raisonnables, et que vous continuiez toujours d'avoir beaucoup de complaisance, vous pour Monsieur Oronte, et vous pour Madame Gérante ; que vous n'alliez point effaroucher lem's esprits par des refus ; mais que vous vous serviez au contraire du faible qu'ils ont, pour obtenir un délai, et pour vous approprier leurs dépouilles. Par exemple, vous, qui vous empêche de vous faire faire par le bonhomme une bonne donation dans les formes d'un certain contrat de trente mille écus qui lui restent? Lisette conduira fort bien cette affaire, et elle est venue à bout de choses bien plus djffîciles : c'est une illustre, Madame.
LISETTE
Oh ! Monsieur Merlin, cela vous plaît à dire.
MERLIN
Pour moi , je vous promets , foi d'honnête homme, de ruiner absolument Madame votre mère ; c'est tout ce que je puis pour votre service ; et quand vous serez une fois les maîtres de tout, vous pourrez cesser de vous contraindre, et vous leur déclarerez alors vos véritables sentiments.
ANGÉLIQUE
Cela me paraît un peu rude, Yalère,
MERLIN
Oh ! ventreMeu ! Madame, point de scrupules.
VALÈRE
Si la tendresse la plus vive peut mériter...