SCÈNE XIII
MADAME ARGANTE, ANGÉLIQUE, LISETTE
MERLIN
MEiiLiN, déguisé.
Bonjour, Madame, votre valet.
ANGÉLIQUE, bos à Lisette, Ah I Lisette, Merlin est ivre, tout est perdu.
MERLIN
J'entre assez librement, comme vous voyez, mais c'est ma manière, et de tout temps, lesPharn£j)asac ont toujours été sans façon. Bonjour, ivrogne, c'est toi que je cherche.
Ce Monsieur le chevalier vient de faire la débauche? '
MERLIN
Non, Madame, mais j'ai bien dîné; et ma passion dominante, à moi, c'est de rendre des visites sérieuses, en sortant de table.
ANGÉLIQUE
En vérité, MonsieurdePharnabasac, vous prenez aussi mal votre temps ?
MERLIN
Je prends mal mon temps, dites-vous? Parbleu! mon cher , il me semble que pour vider les petits comptes que nous avons ensemble, je ne te puis mieux joindre que dans cette maison ?
LISETTE, bas à Angélique,
11 vient au fait ! ne vous effarouchez point.
ANGÉLIQUE
Comment donc ! que voulez-vous dire? Il semble que vous preniez Madame pour ma trésorière ?
MERUN.
Pourquoi non ? Si elle ne l'est pas encore, il ne tiendra qu'à elle de la devenir. Voici une occasion des plus favorables, Madame, un petit gentilhomme d'aussi bon air vaut assez quon fasse quelque chose pour lui.
ANGÉUQUE.
Il est ivre, Madame, comme vous voyez.
LISETTE, à Angélique, Son ivresse est de bon sens, laissez-le faire.
Je le trouve impertinent dans toutes ses manières.
ANGÉLIQUE
Je vais le brusquer, et l'obliger de sortir.
Le brusquer ! non, n'en faites rien...
MERLIN
Quelle petite conversation avez- vous là tous trois, en votre petit particulier? Vous parlez de moi, sur ma parole ?
ANGÉLIQUE
Il faut vous débarrasser de cet ivrogne.
MERLIN
Le beau brin de femme ! morbleu, le beau brin de femme !
ANGÉLIQUE
Je ne m'attendais point à le voir dans cet état.
LISETTE, à Angélique.
Soutenez la gageure, vous dis-je.
MERLIN
Je suis dans l'admiration , depuis les pieds jusqu'à la tête.
Il a du bon dans ses manières.
MERLIN
Où ce petit fripon-là déterre-t-il les beautés? Cette marquise encore, elle est drue, elle est drue !