‹ Théatre choisiChapitre 20 sur 496 · SCÈNE m · texte numérisé non relu

SCÈNE m

LISETTE, MERLÎN.

LISETTE

Nous en voilà débarrassés.

MERLIN

Ma foi, j'avais terriblement peur que la mère ne survint : nous étions gâtés franchement.

LISETTE

Oh çà, de quoi s'agit-il? Car, après ce que j'ai déjà fait, quand il est question d'achever, je ne prétends point demeurer ici les bras croisés.

MERLIN

Ah ! ah ! tu prends donc cette affaire avec beaucoup de chaleur ?

Assurément ; et depuis ^ue je m'en mêle, j'ai tiré pour Angélique en diverses fois plus de dix mille écus de Monsieur Oronte.

MERLIN

Et moi, de Madame Gérante, près de quarante mille francs pour mon maître.

LISETTE

Voilà de Targent bien placé ! Il y a des gens bien fous dans le monde.

MERLIN

Il n'y a point d'extravagance que de vieilles gens amoureux ne soient capables de faire.

LISETTE

Et si, il faut voir avec quelle indifférence Angélique a reçu tous ces présents-là.

MERLIN

La pauvre enfant! Et mon maître, lui, n'a jamais pris qu'avec chagrin tout ce que Madame Gérante lui a donné.

LISETTE

Le pauvre garçon ! Cela est bien dur aussi d'être obligé comme cela de ruiner son père et sa mère, pour leur faire entendre raison.

MERLIN

Ils ont bien de la peine à s'y résoudre.

Oui; mais les choses sont déjà bien avancées, et il est un peu tard de s'aviser de reculer, quand on n'a plus qu'un pas à faire.

MERLIN

Au bout du compte^ il n'y a pas grand mal à tout cela, et le bien ne sort point de la maison.

LISETTE

Non vraiment, et c'est proprement comme l'argent du jeu, qui passe seulement d'une main dans une autre.

MERLIN

Fort bien, et nous avons le profit des cartes, nous.

LISETTE

Cela est vrai. Mais voici Madame qui revient, il faut changer de style.

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