SCÈNE XII ANGÉLIQUE, DORANTE, LISETTE
DORANTE
ËnQn, Madame, je m'arrache aux affaires les plus importantes, pour ne pas perdre le moment favorable de vous exprimer...
ANGÉLIQUE
Je suis exacte, comme vous voyez; mais ne parlez pas devant cette fille, elle redit tout à ma / mère.
DORANTE
Quelle contrainte ! Toujours obsédée d'une mère OU de ses surveillants.
LISETTE, passant entr'eiuc.
Monsieur, si c'est Madame Olympe que vous demandez, c'est à moi qu'il faut parler, s'il vous plaît ; si c'est Mademoiselle, c'est encore à moi.
DORANTE
On ne peut donc manquer en s'adressant à vous... et je suis ravi d'avoir occasion... (Il tire sa bourse.)
LISETTE
Ah! fort bien, j^entends votre affaire : il n'est pas besoin de me dire à qui des deux vous en voulez. Mademoiselle, prendrai-je la bourse ?
ANGELIQUE
Garde-toi bien de le faire !
DORANTE
Que dites-vous ?
ANGÉLIQUE
Que vous me perdez. Dorante.
Ma chère enfant, soyez discrète, je ne vous demande pas autre chose.
LISETTE, à Angélique,
Elle parait fort bien garnie.
DORANTE
Plaît-il ?
ANGÉLIQUE
Cette fille n'est point traitable, Dorante.
LISETTE
Le ciel me préserve de Têtre, j'aimerais mieux mourir ! C'est à mes soins au'on vous a confiée, et je ne prétends pas quil soit dit dans le monde...
DORANTE
Eh 1 ne faites point de bruit, je vous en conjure, et gardez cela pour l'amour de moi.
LISETTE
Il m'en prie de si bonne grâce...
ANGÉLIQUE
Es-tu folle?
LISETTE
Fi, Monsieur, cela n'est ni beau, ni honnête à un homme de robe, de vouloir séduire de jeunes
Êersonnes! Pour les gens d'épée, encore passe, [ais vous autres!... des défenseurs de la vertu, des ' protecteurs de l'innocence, sont les premiers à la ^corrompre! Allez, encore une fois, cela n'est pas .bien, et la justice est injuste de n'en pas faire ^ quelque punition exemplaire.
DORANTE
Mais , vraiment, c'est une espèce de folle que votre gouvernante !
LISETTE
Comment folle! je suis un dragon de vertu, entendez-vons ?
ANGÉLIQUE
Adieu, je trouverai moyen de vous donner de mes nouvelles.
DORANTE
Vous me le promettez ?
LISETTE
Oh! finissons donc. Adieu, Monsieur; adressez-vous mieux une autre fois, et souvenez-vous que Lisette est une petite personne incorruptible !