ACTE I, SCÈNE III
FRONTIN
Qu'il est amoureux de Marianne.
LISETTE
De Marianne ?
FRONTIN
Oui, d'elle-même ; et il m'a chargé de te la demander en mariage.
LISETTE
En mariage ? à moi !
FRONTIN
Est-ce que tu ne sais pas que pour épouser des filles de bourgeois , ce n'est pas aux pères que de jeunes gens de condition s'adressent à présent ?
Non.
FRONTIN
Non vraiment, cela était bon autrefois ; mais aujourd'hui les manières sont bien différentes : on prend seulement l'aveu de la petite fille ; on tâche d'avoir l'agrément de la fille de chambre, et quand on ne peut plus cacher la chose, on en informe la famille.
LISETTE
Cela est de fort bon sens. Monsieur le chevalier a-t-il expliqué son amour ?
FRONTIN
Ses yeux ont tâché de se faire entendre.
LISETTE
Eh bien ?
FRONTIN
Ceux de Marianne n'ont rien compris : mais pour rendre la chose plus intelligible, voilà un petit billet que tu es priée de lui faire lire.
LISETTE
Très volontiers.
FRONTIN
Nous en aurons bientôt réponse?
C'est ce que je ne sais point ; Marianne n'est pas souvent avec sa belle-mère. Monsieur le notaire, qui est bourgeois depuis les pieds jusqu'à la tête, ne veut pas que sa fille prenne les manières de sa femme, et nous n'avons point avec elle tout le commerce qu'elle voudrait bien avoir avec nous.
FRONTIN
Voici ta maîtresse.