MONSIEUR BERNARD, DORANTE, THIBAUT, MONSIEUR GRÏFFARD
MONSIEUR BERNARD
Qu'est-ce, Dorante, vous voilà bien seul aujourd'hui î Vous avez pourtant coutume de ne pas revenir sans compagnie.
DORANTE
J'ai pris un peu les devants, mon père, pour vous prier instamment de faire un accueil favorable à celle que je vous amène aujourd'hui.
MONSIEUR BERNARD
Pourquoi non, vous êtes le maître, on vous fait honneur, et à moi aussi. Vous êtes-vous bien diverti ? D'où venez-vous ?
DORANTE
Le mieux du monde, et j'ai trouvé une occasion tout à fait avantageuse pour nous procurer des amis dans la province.
MONSIEUR BERNARD
J'en suis ravi, je vous assure : il est bon de connaître d'honnêtes gens.
DORANTE
C'est un accommodement qu'on veut faire entre deux gentilshommes, qui, depuis vingt-cinq ou trente ans, sont h couteaux tirés pour une dispute qu'eurent autrefois leurs grands-pères.
Voilà une querelle bien ancienne, et cela est glorieux à accommoder.
DORANTE
Ces aJSaires-là font toujours honneur aux personnes chez qui elles se terminent.
MONSIEUR BERNARD
Assurément.
DORANTE
J'appréhendais, mon père^ que cela ne vons fit point autant de plaisir que cela me parait tous en faire.
MONSIEUB BERNARD.
Pourquoi cela?
DORANTE
Je sais que vous n'aimez point la dépense.
MONSIEUR BERNARD
Oh ! je suis bien changé, depuis que vous ne m'avez vu ? Sont-ils beaucoup ?
^ DORANTE
Huit ou dix de chaque côté.
MONSIEUR BERNARD
Ce n'est guère.
Les uns vont arriver, et les autres seront ici demain matin.
MONSIEUR BERNARD
Oh ! ça ! ça ! je vais me préparer pour les re* cevoir.
DORANTE
Ah ! mon père, que je vous ai d'obligation.
MONSIEUR BERNARD
Ce sont gens de bonne chère et de plaisir, n'est-ce pas?
DORANTE
Oui, mon père , les plus honnêtes gens du monde.
MONSIEUR BERNARD
Tant mieux ! Je suis à vous dans un moment, ne vous ennuyez pas.