‹ Théatre choisiChapitre 394 sur 496 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

BELINDE.

Tu sais en quels termes j*en suis avec ce benêt de baron de Fonsecq, qui a une rage de m'épouSer aussi violente qu'est celle de ses parents pour empêcher ce mariage.

MENONS

Eh bien, ma chère ?

BELINDE.

Eh bien ! ma raiçnonne, il était sur le théâtre ; je me mis vis-à-vis de lui dans une loge ; j'y croyais demeurer seule avec une vieille présidente de petite ville, qui est la vertu même : point du tout, cette impertinente concierge de loges nous amena, devine qui?

MENONE.

Quelque femme du monde ? quelque coquette ?

BELINDE.

Une des plus coquettes qu'il y ait au monde : Madame de Saint-Biaise.

MENONE.

Madame de Saint-Biaise ! Ne la connais-tu pas ? Je la croyais si fort de tes amies...

BELINDE.

Oui, je la connais en particulier, elle est de mes amies dans la chambre ; mais, en public, je lui baise les mains ; et je ne prétends point afficher ces amitiés-là dans les loges de la comédie. Comment ! le baron de Fonsecq en a boudé plus de trois semaines, et j'ai eu toutes les pemes du monde à le ramener î il m'est très important de ménager cet imbécile-là, c'est un homme qui me fait beaucoup de bien.

MENONE.

Tu as raison ; mais qui est cette Madame de Saint- Biaise î Je ne croyais pas sa réputation si fort. . .

BELINDE.

C'est une fort bonne femme ; la fille d'un grainetier ; on l'appelle Madame la marquise ; elle fait la jeune, et elle passe pour veuve d'un capitaine de vaisseau, qui fut tué au bombardement de

Gènes. La vérité est que son mari est encore au monde; il a une petite commission du côté du Canada, et comme c'est l'autre monde que ce payslà, en attendant qu'il en revienne, elle a épousé en secondes noces un vieux garçon de robe, avec qui elle n'est pourtant pas tout à fait mariée ; mais elle le trompe comme un vrai mari, et c'est ce qui la décrie un peu dans le monde.

MENONE.

Ce décri-là n'est pas sans fondement; et la jeune personne avec qui Ton me plaça dernièrement, est d'un caractère à peu près semblable.

BELINDS.

Tu la connais donc?

MENONS

Une Mademoiselle de Guettemine, jolie fille, bien faite, aimable, d'un air modeste, et qui n'a contre elle qu'un entêtement ridicule, dont sa tante et sa mère lui ont gâté l'imagination.

BEUNDE.

Et qu'est-ce que c'est que cet entêtement ?

MENONS

D'épouser des étrangers. Qui est-elle...

BELINDE.

Comment, d'épouser des étrangers? Voilà une plaisante folie !

MENONE.

Avec cela, elle est d'une régularité, d'une conduite merveilleuse ; elle n'écoute personne que sur le pied de mariage.

BELINDE.

Mais, vraiment, ma favorite, il n'y a point de dérèglement là-dedans.

MENONS

Oui, mais elle en épouse autant qu'il en vient; à mesure au'ils s'en vont, elle compte qu'ils meurent. Elle se croit presque aussi souvent veuve

?[u'il retourne d'étrangers dans leurs pays ; ils lui ont tous de fort gros présents, et elle pense, de bonne foi, que c'est le moyen de s'enrichir à force de douaires ; mais au bout du compte, cette bonne foi-là lui fait un peu de tort dans le monde.

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