‹ Théatre choisiChapitre 412 sur 496 · ACTE I, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE IV

LE BAILLI

Comment ! petite fille...

Colette contrefait par ses gestes ceux du Bailli et ceux de la voisine.

COLETTE

Vous faisiez comme ça, mon parrain ; vous la regardiez avec de certains yeux ; vous lui preniez la main, et dans ce temps-là, c'est que vous lui disiez que vous étiez amoureux d'elle, et elle vous repoussait ; elle secouait comme ça la tête, c'est qu'elle répondait qu'elle n'en croyait rien. Et vous, tout aussitôt, de faire comme ça : vous lui juriez que ça était vrai, et j'entendis un peu le dernier mot : il y avait, je crois, qu'elle était adorable.

DE LORHE.

Oh ! oh ! Monsieur le BailH.

LE ÔAILLI.

Ah! ah!

Cela est bien vrai, je vous en réponds ; et la voisine faisait comme ça, et je suis sûre qu'elle disait : Paix ! taisez-vous, ne parlez pas si haut^ mon mari est là-dedans.

LE BAILLI

Voilà une rusée petite filliole, compère de Lorme ; si elle devine aussi juste en toutes choses, elle est plus habile que vous, sur ma parole !

DE LORHE.

Tatigué ! queul esprit ! ça est marveilleux, n'estce pas ? Eh ! qu'est-ce que c'est que t'as deviné de ta tante ? Dis.

COLETTE

Qu'elle aime Biaise de tout son cœur, et que Biaise ne se soucie guère d'elle.

LE BAILLI

Le premier article est vrai, je le sais par ellemême : pour le second, il faut l'éclaircir. Qu'est-ce qui vous le fait soupçonner, voyons ?

COLETTE

C'est ma tante qui le va toujours chercher, et puis, quand ils sont ensemble, il n'y a quasi qu'elle

qui parle. Elle gesticule, elle devient rouge, et Biaise est comme ça. Il fait une espèce de moue, et quand il lâche deux ou trois paroles, c'est en levant le nez, ou en secouant les oreilles. Ohl s'il est amoureux, lui, ce n'est pas de ma tante, je vous en réponds !

Cela pourrait être, et j*ai à vous avertir que la grande folie de votre belle-sœur est de se remarier.

DE LOBME.

La dévargondée.

LE BAILLI

La filliole a fort bien deviné. C'est Biaise à (]ui elle en veut, et si, il y en a trois autres qui la recherchent.

DE LORME

Comment trois, Monsieur le Bailli? Est-il possible ({u'il y ait tant de fous que ça dans le village ! Et qui sont ces nigauds-là^ avec votre parmission ?

LE BAILLI

Ce ne sont point des nigauds : la Meunière est riche. Le concierge du château, le valet de chambre de Monsieur le président, et le neveu du curé ont des vues pour elle.

COLETTE

Oh ! que nenni, mon parrain ! je devine mieux que vous : ce n'est point pour ma tante qu'ils vont au moulin, c'est pour mes cousines.

LE BÂILLI.

Pour vos cousines? Qui vous a dit cela?

COLETTE

Bon ! qui me l'a dit ! Est-ce qu'on me dit quelque chose ? Ils se défient tous de moi, ils ne me disent rien ; mais je sais tout. 11 n'y a pas jusqu'à Biaise,

2ui est amoureux de moi, et qui n'oserait me le ire, de peur que je ne me moque de lui.

Il est amoureux de toi ! Comment sais-tu cela ?

COLETTE

Voyez que cela est difficile à deviner I Je ne l'aime pas, moi, au moins; mais je ne laisse pas

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