LE BAILLI, LA MEUNIÈRE
LA MEUNIÈRE
A qui en a cet animal-là, Monsieu le BailU, et que veut-il donc dire ?
LE BAILLI
C'est un brutal, qui n'aime pas qu'on se réjouisse.
LA IIEUNIÈRE.
Limpartinent ! De quoi se mêle-t-il ? Sont-ce là ses affaires? Je veax me réjouir, moi, je veux passer le temps, je n'ai rian de mieux à faire.
LE BAILLI
Vous le passez fort agréablement; votre manière de veuvage a son mérite, et si j'étais à votre place, je ne me presserais point de me remarier.
LA MEUNIÈRE
Oh I voîrement, Monsieu le Bailli, ça est bian aisié à dire ; mais tous ces plaisirs-là, ce n'est que du vent, voyez- vous ; et un mari, c'est du solide.
LE BAILLI
Il est vrai ; vous avez bien raison, et puisque vous avez pris votre parti, que votre choix est fait...
LA MEUNIÈRE
Hom! ça n'est pas si détarminé que tantôt, Monsieu le Bailli.
LE BAILLI
Gomment donc ?
LA MEUNIÈRE
Il m'est avis^ à l'heure qu'il est, que M. de Lepeine vaudra mieux que Biaise.
LE BAILLI
Et peut-être , demain , Monsieur Giflot vous plaira-t-il mieux que Monsieur Lépine ?
LA MEUNIERE.
Dame, acoutez, ça se pourrait bian. C'est mon himeur, voyez-vous, je sis un peu changeuse.
Oui, cela est vrai, et du vivant du défunt, vous étiez de même.
LA MEUNIÈRE
Ce sont des inquiétudes qu'on a dans l'esprit, des inçartitudes ; on ne saurait se résoudre.
LE BAILLI
Dans ces incertitudes-là, mes avis vous seraient inutiles : quand vous aurez pris votre résolution,