ACTE II, SCÈNE XII
LÉPINE
Aimable Colette, ne les trouvez-vous pas les plus injustes personnes du monde ?
COLETTE
Oui, il y a quelque chose à dire à cela : expliquez-moi un peu vos petites affaires.
GIFLOT.
Nous n'aimons qu'elles, nous les adorons, nous ne vivons que pour elles seules, nous ne sommes occupés que de notre amour.
COLETTE
Cela est bien tendre.
LÉPINE
C'est pour nous approcher d'elles, et, vous ne l'ignorez pas, pour avoir occasion de les voir et de leur parler, que nous nous imposons l'ennuyeuse contrainte de paraître tous deux amoureux de votre tante.
Cela est tout à fait gênant.
GIFLOT.
Et depuis un mois que dure cette contrainte, nous ne pouvons obtenir d'elles qu'elles soient sensibles à tant d'amour.
COLETTE
Cela est bien cruel ! Vous avez raison.
LÉPINE
Elles se plaisent à nous désespérer.
COLETTE
Les méchantes cousines que j'ai-là ! Quoi ! aucune d'elles n'a jamais flatté votre amour d'une parole favorable ?
GIFLOT.
Non.
COLETTE
Et pas un de vous ne peut deviner si vos soins plaisent ou déplaisent?
LÉPINE
Non.
COLETTE
Oh ! pour cela, voilà des filles bien dissimulées, et des amoureux bien peu pénétrants.
GIFLOT.
LÉPINE
Que dites-TOQs ?
COLETTE
On leur a défendu de vous parler ; et comme je suis bonne, moi, je parle pour elles.
GIFLOT.
Eh! que nous dites-vous encore?
LÉPINE
Expliquez, charmante Colette.
COLETTE
Oh ! Monsieur de Lépine, expliquez vous-même ; si vous avez tous deux l'esprit si bouché ^ vous n'êtes pas si amoureux que vous le dites.
GIFLOT.
Vous nous permettriez de croire que vos deux cousines nous aiment?
COLETTE
Non vraiment, je ne vous dis pas cela. Comme vous saisissez les choses! Fi, donc! Oh! non! non ! elles ne vous aiment pas ; mais elles vous estiment infiniment, et elles m'ont toutes deux permis de vous le dire.
LÉPINE
Adorable Colette !
GIFLOT.
Il faut que ma reconnaissance...
Oh ! doucement, dQucement, point de ces compliments-là : ce sont mes cousines qui vous estiment, ce n'est pas moi qu'il en faut remercier.
LÉPINE
Eh ! ne savez-vous point sur quoi votre tante leur a défendu...