DORIMÈNE, LA COMTESSE, L'INTENDANTE, LE CAISSIER, CLITANDRE
LE CAISSIER
Comment donc. Madame! Est-ce que l'on ne joue pas aujourd'hui? Je ne vois point de carosses a votre porte, personne dans le logis. Qu'est-ce que cela Te ut dire ?
LA COMTESSE
Monsieur, faites-nous justice de cette défense-là.
Faites-moi raison , Monsieur , du procédé de Madame, qui ne reut plus que Ton joue chez elle au lansquenet, de peur qu'il ne lui en coûte mille écus. Gela se doit-il faire, Monsieur^ et n'est-ce pas une chose qui crie vengeance ?
LE CAISSIER
Il n'y aurait plus ici de lansquenet! Oh I parbleu ! je prétends bien* qu'on y joue, moi, et nous verrons si j'en aurai le démenti.
CUTANDRK.
Ah! ah! voici un homme d'un assez plaisant caractère.
DORIMÈNE
Monsieur ! Monsieur Surat ! vous vous oubliez ; et vous devriez un peu songer (ju'on ne parle point de la sorte dans une maison comme la mienne.
LE CAISSIER
Oh ! ventrebleu ! Madame, on y jouera comme de coutume, ou je ferai beau bruit pour mon argent, je vous en réponds.
DORIMÈNE
Qne voulez-vous donc dire, pour votre argent?
LE CAISSIER
Oui, Madame, pour mon argent ; morbleu ! je suis ruiné si l'on ne joue ; mais, ventrebleu ! vous jouerez les uns et les autres jusqu'à ce que je sois payé de ce qui m'est dû. Je suis au désespoir, voyez- vous, et j'ai déjà voulu me pendre trois fois depuis ce matin.
Le pauvre diable ! il me fait pitié.
LE CAISSIER
Monsieur, Monsieur Glitandre, vous. Madame la comtesse, et vous. Madame, je vous en fais les juges, s'il vous plaît. Vous êtes des personnes raisonnables, et vous savez avec quelle bonne foi j'ai prêté mon argent au tiers et au quart depuis près de deux ans.