‹ Théatre choisiChapitre 77 sur 496 · SCÈNE m · texte numérisé non relu

SCÈNE m

MADAME PATIN, LISETTE

LISETTE

Au moins, Madame, il faut prendre cette affaireci du bon côté. Ce n'est pas à votre personne qu'ils ont fait insulte, c'est à votre nom. Que ne vous dépêchez-vous d'en changer?

MADAME PATIN

J'y suis bien résolue, et j'enrage contre ma destinée, de ne m'avoir pas fait tout d'abord une femme de qualité.

LISETTE

Eh ! vous n'avez pas tout à fait sujet de vous plaindre ; et si vous n'êtes pas encore femme de qualité, vous êtes riche au moins; et comme vous savftZj on anl>^te facilftmp.nt de la quff.lit<^ ayqc^Ab l'argent; mais la naissance ne donne pas toujours \ <

du bien. \ \

MADAME PATIN. '• 1

Il n'importe ; c'est toujours quelque . chose de , 1

bien charmant qu'un grand nom. t

LISETTE

Bon ! bon ! Madame, vous seriez, ma foi, bien embarrassée si vous vous trouviez comme certaines grandes dames de par le monde, à qui tout manque, et qui, malgré leur grand nom, ne sont connues que par un grand nombre de créanciers, qui crient à leurs portes depuis le matin jusqu'au soir.

MADAME PAHN.

C'est là le bon air. C'est ce qui distingue les gens de qualité.

LISETTE

Ma foi, Madame, avanie pour avanie, il vaut mieux, à ce qu'il me semble, en recevoir d'une

marquise que d'un marchand ; et, croyez-moi, c'est un grand plaisir de pouvoir sortir de chez soi par la grande porte sans craindre qu'une troupe de sergents vienne saisir le carrosse et les chevaux. Que diriez-vous si vous vous trouviez réduite à gagner à pied votre logis, comme quelques-unes à qui cela est arrivé depuis peu?

MADAME PATIN

Plût au ciel que cela me fût arrivé, et que je fusse marquise !

LISETTE

Mais, Madame, vous n'y songez pas.

MADAME PATIN

Oui, oui, j'aimerais mieux être la marquise la . i plus endettée de toute la cour, oue de demeurer

\ ! veuve du plus riche financier de France. La réso-

lution en est prise, il faut que je devienne marquise, quoi qu'il en "coûte ; et, pour cet effet, je vais absolument rompre avec ces petites gens, dont je me suis encanaillée. Commençons par Monsieur Serrefort.

LISETTE

M. Serrefort, Madame ! votre beau-frère I

MADAME PATIN

Mon beau-frère ! mon beau-frère ! Parlez mieux^ s'il vous plaît.

LISETTE

Pardonnez-moi, Madame, j'ai cru qu'il était votre beau-frère, parce qu'il était frère de feu monsieur votre mari.

MADAME PATIN

Frère de feu mon mari, soit ; mais, mon mari étant mort, Dieu merci, Monsieur Serrefort ne m'est plus rien. Cependant, il semble à ce crasseux-là qu'il me soit de quelque chose; il se mêle de censurer ma conduite , de contrôler toutes mes actions. Son audace va jusqu'à vouloir me faire prendre de petites manières comme celles de sa femme, et faire des comparaisons d'elle à moi. Mais est-il possible qu'il y ait des gens qui se puissent méconnaître jusqu'à ce point-là?

Page 1