ACTE 1, SCÈNE V
dissipe les grands biens que son mari lui a laissés en mourant; et c'est pour s'assurer cette succession, qu'en donnant Lucile à mon fîls, il ne con* sent à ce mariage qu'à condition que j'épouserai Madame Patin.
LISETTE
Et vous aurez la complaisance de vouloir bien souscrire à cette condition ?
MONSIEUR MIGÂUD.
J'assure par-là plus de quarante mille livres de rente à ma famille.
Cela vaut bien que vous vous exposiez à enrager le reste de vos jours.
MONSIEUR MIGÂUD.
J'aurai moins à souffrir que tu ne penses, et je suis, grâce au ciel, d'une profession et d'un caractère à mettre aisément une femme à la raison.
LISETTE
Commencez donc dès à présent à y mettre Madame Patin; car je vous avertis que si vous attendez pour la rendre sage que vous soyez son mari, vous courez risque de la voir mourir folle.
MONSIEUR MIGAUD.
Que me dis-tu là?
LISETTE
Je me suis senti de l'inclination à vous rendre service ; et il me semble que Monsieur votre fîls, qui est un garçon si sage et si honnête, fera bien un meilleur usage des quarante mille livres de rente à qui vous en voulez, que le petit fat à qui Madame Patin les destine.
MONSIEUR MIGAUD.
-Explique-moi cette énigme-là : ta maîtresse aurait-elle changé de pensée ?
LISETTE
Elle s'est mis la cour en tête ; et, pour y par«dtre avec éclat, elle prétend épouser le chevalier de Villefontaine.
MONSJEUR MIGAUD.
Cela ne se peut pas !
LISETTE
Je ne sais pas si cela se peut, mais je sais bien que cela est.
MONSIEUR UIGAUD.
Le chevalier de Villefontaine ! Tu te moques, mon enfant, cet homme-là n'est point fait pour épouser. C'est un aventurier qui n'en a pas le temps, un jeune extravagant qui n'a pas cent pistoles de revenu, qu'on ne connaît à la cour que par le ridicule qu'il s'y donne, et qui n'a, pour tout mérite, que celui de boire et de prendre du tabac.
LISETTE
Eh bien ! Monsieur , boire et prendre du tabac, c'est ce qui fait aujourd'hui le mérite de la plupart des jeunes gens!
MONSIEUR MIGAUD.
Je ne saurais croire ce que tu me dis.
LISETTE
Non, ne croyez pas; mais, avertissez-en toujours Monsieur Serrefort par précaution, et prenez vos mesures comme si vous en étiez persuadé ; la suite vous convaincra du reste. Voici notre chevalier, adieu ! Ne perdez point de temps , et comptez que ce n'est pas peu que je me mêle de vos affaires.
MONSIEUR MIGAUD.
- - L 'étrange chose que la tête d'une femme !