‹ Théatre choisiChapitre 98 sur 496 · ACTE II, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE IV

LUCILE

Mais, ma tante, puisque vous êtes ma tante, pourquoi faut-il que je vous appelle autrement ?

C'est qu'étant femme de qualité . et vous ne l'étant pas , je ne pourrais pas honnêtement être votre tante, sans déroger en quelque façon,

LUCILE

Oh I que cela ne vous embarrasse pas, matante ; je deviendrai bientôt aussi femme de qualité.

MADAME PATIN

Que dites-vous?

LUCILE

Il ne tiendra qu'à moi d'être pour le moins aussi grande dame que vous.

MADAME PATIN

Plaît-il?

LUCILE

Je connais un seigneur tout des plus jolis, que j'ai vu plusieurs fois aux Tuileries, qui m épousera dès que je voudrai : ne vous mettez pas en peine.

MADAME PATIN

Ah ! ah ! Et comment s'appelle4-ii, ce seigneur?

LUCILE

On l'appelle Monsieur le marquis des Guérets. Il est fort riche et fort de qualité ; car, il me l'a ' dit.

MADAME PATIN

Vraiment, je suis bien aise, ma nièce, que malgré la mauvaise éducation que votre père vous a donnée, vous preniez des sentiments dignes de l'honneur que je vous fais, de vouloir être votre parente. Voilà de quoi vous avez profité à me voir, et vous m'avez cette obligation.

LUCILE

Il faut que je vous en aie encore une autre, ma tante.

MADAME PATIN

Que faut-il faire ?

LUCILE

Vous marier au plus tôt, s*ii vous plaît, avec ce Monsieur que vous aimez, afin que cela m'autorise à épouser celui que j'aime aussi, et que quand mon père voudra me quereller, je puisse lui répondre : Je n*ai pas fait pis que ma tante.

LISETTE

Vous avez raison. C'est une terrible chose que l'exemple. *

LUClLGs

Mais il faudrait (|ue ma tante se dépêchât, car Monsieur le marquis des Guérets, qui m'aime, a furieusement d'impatience.

MADAME PATIN

Oh bien ! ma nièce, puisque vous êtes dans de si bonnes dispositions, je veux bien vous faire une confidence que je n'ai encore faite à personne qu'à vous. Je me marie demain, à cinq heures du matin.

A cinq heures du matin I

MADAME PATIN

Oui, ma nièce, à cinq heures. Si l'exemple vous encourage, c'est à vous de voir à quoi vous vous déterminez.

LUCILE

Je vais écrire à mon amant, et lui mander qu'il prenne toutes ses précautions, afin que nous nous dépêchions aussi. Adieu, ma tante.

MADAME PATIN

Adieu , ma nièce.

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