‹ Théâtre choisiChapitre 24 sur 64 · SCÈNE V THÉRÈSE. HECTOR · texte numérisé non relu

SCÈNE V THÉRÈSE. HECTOR

THÉRÈSE A-t-on idée d'un étourdi pareil !... Une amie de la famille, est-ce un nom, cela ? Voilà une façon de présenter les gens !...

HECTOR Ce n'est pas étourderie...

THÉRÈSE Exprès, alors ?... Nous disions que votre voyage était mystérieux. Je crois bien qu'il l'est, puisque vous en ramenez une dame innommable. Pourquoi l'est-elle ?

HECTOR Quand il lui plaira de se faire connaître, vous le saurez.

THÉRÈSE Elle est d'allures bizarres, votre dame... A peine polie... Tantôt distraite, tantôt nous examinant comme le ferait un agent de la sûreté... Et sa façon d'aller se coller à la vitre pour contempler papa qui fait le gros dos sur sa ligne !... Pas de faux-fuyants, Hector, je veux savoir qui c'est...

HECTOR, souriant.

Rien que cela !

THÉRÈSE Et tout de suite, encore !

HECTOR Soyez obéie... Mon enfant, vous me traitez souvent de vieux grognon, parce que je ne m'extasie pas sur vos excentricités. Je suis pourtant votre ami, et je vais le prouver. En nommant cette personne, malgré sa défense, je vous rends peut-être le plus grand service que vous puissiez espérer.

THÉRÈSE Mon Dieu, vous parlez comme pour offrir à un enfant des étrennes utiles. Je regrette presque ma question.

HECTOR Oh que dites-vous ! Ma révélation aura une influence énorme sur votre vie.

THÉRÈSE Faites-la donc, car ma vie ne peut que gagner au change.

HECTOR La personne qui m'accompagne est votre mère.

THÉRÈSE, effrayée.

Non ?... Libre ?...

l'invitée 65

HECTOR

Comment, libre ?

Guérie, alors ?

HECTOR De sa folie !... Absolument... Pas la moindre trace.

THÉRÈSE, incrédule.

N'importe, ses yeux ont une expression...

HECTOR De femme qui revoit son mari et ses enfants après vingt ans d'absence. Elle n'a jamais été folle.

THÉRÈSE Ainsi, on nous trompait ?

HECTOR Oui. Vos parents n'ont pas vécu heureux ensemble ; ils se sont séparés. Votre mère était autrichienne, elle est retournée dans son pays.

THÉRÈSE Et voilà mes parents réconciliés ?

HECTOR Oui.

THÉRÈSE Bien sûr ?

HECTOR Pourquoi ce doute ?

THÉRÈSE

Ah ! c'est assez que je l'exprime !

HECTOR, lui prenant la main.

Ma pauvre enfant !

Voilà donc mes parents en présence, et après ?

HECTOR

Après, c'est l'inconnu... L'existence de votre mère a été toujours parfaitement honorable, soyez-en certaine, mais il y a entre vos parents de graves malentendus. Dès la première rencontre, il peut y avoir des froissements tels que votre mère, emportée comme je la connais, quitte la maison sur-le-champ. Si ce que je redoute arrive, elle est capable de disparaître sans dire à ses filles le mot que j'attends. C'est contre un pareil malheur que je vous mets en garde.

THÉRÈSE

Je comprends, .> Merci, Hector... Vous vous conduisez en ami... Elle ne partira pas sans avoir trouvé à qui parler.

HECTOR Allons, à défaut d'attendrissement dans ce petit

l'invitée 67

coeur, il y a un grain de bon sens dans cette cervelle.

THÉRÈSE Vous m'en voulez de ne pas mettre en branle tout le tra-la-la du sentiment. Mais soyons de bon compte. Est-ce que je connais ma mère?... Tout ce qu'on peut exiger de moi, c'est que j'éprouve le vif désir de m'attacher à elle... Oh! cela, oui!... Et l'attacher à nous! Voilà surtout ce qu'il faudrait! Si seulement nous trouvions moyen de la retenir... Je vais y réfléchir de toute mon âme.

HECTOR Le meilleur moyen serait de l'aimer et de le lui dire.

Serait-il bien efficace?... Son cœur n'a pas l'air beaucoup plus préoccupé de nous que le nôtre n'est rempli d'elle... Et puis, c'est singulier, s'il s'agissait, pour conquérir un mari, de jouer à un homme une petite comédie sentimentale, je m'en sentirais bien capable. A ma mère, j'hésiterais davantage.

HECTOR, ironique, à part.

0 force des préjugés! (Alice et Anna rentrent).

THÉRÈSE Avant tout, il faut conférer avec Alice.

Page 1