HECTOR, ANNA
ANNA, les suivant des yeux.
Cette petite Alice a beaucoup de moi quand j'avais son âge... Plus communicative, cependant... C'est son pays qui le veut... (Passant soudain à une autre idée, elle se dirige rapidement vers le vitrage du fond et regarde dans le parc, se retournant pour envoyer ses réflexions à Hector.) Est-ce qu'il pêche toujours au même endroit ? Non, il a disparu... Quand mes filles m'ont dit, à peine entrée : « Il est là, vous n'avez qu'à regarder pour le voir... ^> cela m'a presque bouleversée... Etait-ce visible ?
HECTOR Pas trop, à moins de savoir.
ANNA, toujours en train de fouiller le parc. J'ai beau chercher, plus de mari... Peut-être estil en chemin pour rentrer.
HECTOR Rien d'impossible.
ANNA, quittant son poste d'observation Eh bien ! qu'il vienne. Tant que je ne l'aurai pas vu, je serai mal à l'aise pour observer, et ma
l'invitée 71
curiosité a tant de pâture dans cette maison ! En somme, je suis assez contente ! Vous allez voir ; j'aurai une belle attitude. La faible créature d'autrefois ne montrera pas le bout de l'oreille... Au moins, j'espère que mon mari s'abstiendra de faire allusion à ma prétendue faute... Voilà qui gâterait tout... Je me suis laissée calomnier pour en finir avec une existence qui me pesait, mais, à présent, il me serait intolérable d'écouter la légende de mon enlèvement. Le mieux serait un oubli discret.
HECTOR Il sait vivre.
Et doit être porté à la modération puisque Marguerite est ici. L'avez-vous vue ?
HECTOR Elle ?... Pas encore.
ANNA Alice m'en a parlé très simplement et avec amitié. Pourtant j'ai cru la voir rougir. Hubert est impardonnable de condamner ses filles à un pareil voisinage... De loin, je ne l'avais pas senti aussi vivement... Oui. c'est odieux.
HECTOR Les pauvres petites sont à plaindre...
ANNA 0 les lambines !... Je voudrais les faire causer avant qu'Hubert ne rentre. Tout à l'heure il faudra m'escrimer contre lui, et si l'entretien tourne à l'aigre, partir sans connaître un peu mieux ces petites. Je le regretterais.