‹ Théâtre choisiChapitre 32 sur 64 · SCÈNE XIII LES MÊMES. HECTOR · texte numérisé non relu

SCÈNE XIII LES MÊMES. HECTOR

HECTOR Je réclame à goûter. Le voyage m'a creusé.

THÉRÈSE On apporte le thé.

HECTOR, s' approchant des jeunes filles, et baissant la Voix, pendant que Marguerite et Anna vont à ïécart.

Eh bien, ça marche-t-il ? (Les jeunes filles exposent à voix basse leurs motifs de joie et d'inqui^îtude.)

MARGUERITE, les montrant à Anna.

Sont-elles assez jolies !... Les imaginiez-vous si charmantes ?... Alice vous ressemble.. > N'est-ce pas votre avis ?

ANNA, souriant.

Que de questions !... de grâce, n'allez pas si vite... je débarque... C'est toute une affaire de démêler mes impressions.

MARGUERITE C'est vrai !... Quand on y songe !... Se trouver mère de fanîille pour la première fois !

ANNA, un peu sèchement.

Pardon, Madame, je l'étais au moins autant avant mon déi^art... (Reprenant F air gracieux.) Ma plus grande surprise c'est ce pauvre Hubert.

MARGUERITE, se méprenant.

Il ne vous attendait pas avant quelques jours, je crois,

ANNA Qu'il est donc vieilli !

MARGUERITE Réellement ? 11 me paraît toujours le même. Un peu grisonnant.

ANNA Une véritable ruine.

MARGUERITE je n'avais pas remarqué... Apres ça, quand on se voit tous les jours...

ANNA Il y a seize ans j'avais laissé un homme jeune.,. Il m'a d ailleurs touchée...

MARGUERITE Ah !

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Oui. . Pauvre diable ! II est en détresse ! Nous avons pu avoir quelques difficultés, cela ne m'empêche pas de le bien juger... Voilà un cœur !...

MARGUERITE A qui le dites-vous ! Je n'ai pas de meilleur ami.

ANNA On voit qu'il fait de vous un cas extrême... Il vient de me dire combien vous avez rendu M. de Raon heureux. .j J'ai connu M. de Raon... Un bien aimable homme !...

MARGUERITE Que j'ai beaucoup regretté.

ANNA Je comprends... Ne suis-je pas moi-même quelque chose comme une veuve ? Avec 1 incertitude en plus, car vous me voyez bien indécise.

TvIARGUERITE Sous quel rapport ?

ANNA Mon mari n'en est plus un pour moi, mais je n'ai pas, comme une vraie veuve, la ressource de le loger au ciel. Hubert est malheureux sur cette terre. Je puis le secourir et c'est une tentation contre laquelle je suis en train de lutter.

MARGUERITE Est-il si malheureux ?

ANNA II l'assure. Vous ne le soupçonniez pas ?

MARGUERITE, très gênée.

J'en étais à cent lieues !

Au bout de cinq minutes de conversation avec lui, je le savais.

MARGUERITE Vous a-t-il dit de quoi il souffre ?

ANNA En partie... Et j'ai deviné le reste. N'en doutez pas, Hubert est entre les griffes d'une femme. Elle absorbe toute son activité au grand détriment de ses filles qui vivent à l'aventure, ce qui le navre. Si je me chargeais des enfants, Hubert serait ravi, et cette femme aussi, je pense.

MARGUERITE, affectant une vive surprise.

Entre les griffes d'une femme ! Qu'on est donc romanesque en Autriche !...

ANNA, riant.

Qu'on est discret en France ! (Un domestique

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apporte une table à thé sur laquelle chauffe un samovar. Les deux groupes de causeurs se réunissent.)

ALICE Maman, nous autorisez-vous à faire les honneurs du goûter ?

ANNA Mes enfants, je ne suis ici qu'une maman bien novice... Vous représentez le gouvernement.

HECTOR Sans l'ombre de vraisemblance, puisqu'elles brûlent d'abdiquer.

THÉRÈSE, passant l inspection du goûter.

On aurait pu mettre quelque chose à boire... Par cette chaleur.

HECTOR C'est une faute... Je prendrais bien un verre de bière.

THÉRÈSE Je vais en demander. {Elle sonne, un domestique paraît, elle lui parle bas.)

ALICE, occupée à préparer le thé.

Marguerite, aidez-nous, s'il vous plaît.

iOO ŒUVRES CHOISIES DE M. DE CUREL

MARGUERITE Volontiers. (Elle rejoint Alice et Thérèse.)

ANNA, bas, à Hector.

Vous m'avez attirée dans un fameux traquenard

HECTOR Comment ?

ANNA II le demande ! Bon apôtre !... A Vienne, il était question d'une simple visite à mes filles... Histoire de les embrasser... Une généreuse inspiration d'Hubert... Ici, nouvelle chanson : Mon mari ne sait où donner de la tête entre son amie qui compromet ses filles et ses filles qui poussent à la roue quand l'amie les compromet... On veut me mettre sur les bras cette paire de tourterelles qui encombre la cage.

HECTOR Vous les prendrez... Leur position fait pitié.

ANNA Pourquoi mon mari ne sacnfie-t-il pas son amie plutôt que moi ma liberté ?

HECTOR, riant.

Le renoncement de deux personnes est plus difficile à obtenir que le dévouement d'une seule.

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ALICE, apportant une tasse.

Du thé, maman ?

ANNA, acceptant.

Merci.

THÉRÈSE, présentant le sucrier.

Combien de morceaux ?

ANNA

Deux.

MARGUERITE, survient avec une assiette.

Un petit gâteau ? (Les trois femmes restent groupées autour d'Anna.)

ANNA en choisit un (à Marguerite) .

Trop aimable !... Vous ne sauriez croire, Madame, combien il est utile qu'on me fasse si gentiment les honneurs.

MARGUERITE Utile ?

ANNA C'est me rappeler que je suis une étrangère. . (Regardant ses filles.) Tout à 1 heure, je l'avais presque oublié.

Analyse de la pièce.

Le Docteur Albert Donnât, un grand savant, est à la recherche d'un sérum pour guérir le cancer.

Tout d'un coup, le bruit éclate que Donnât a fait servir ses malades à des expériences fatales à plusieurs ; une enquête est ordonnée, des perquisitions vont se faire.

En effet Donnât a inoculé le virus du cancer à une jeune fille phtysique, Antoinette Milat, convaincu que la tuberculose la tuerait infailliblement.

Antoinette, par un prodige, guérit peu à peu de sa maladie et reste condamnée à mort par l'inoculation que lui a faite le Docteur.

Donnât songe à se suicider par un coup de revolver mais sa curiosité de savant lui suggère une dernière et sublime expérience et il s'inocule le terrible mal qui le tuera lentement, effroyablement.

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