‹ Théâtre choisiChapitre 36 sur 64 · SCÈNE V LOUISE, .ANTOINETTE, ALBERT · texte numérisé non relu

SCÈNE V LOUISE, .ANTOINETTE, ALBERT

ALBERT, prenant sa femme à part.

Tu as cherché à voir cette fille pour la questionner, eh bien ! tu vas assister à la consultation. {Geste hésitant de Louise.) Si, si, je le veux ! Laisse-moi l'examiner ici, devant toi... Je ne crains pas ton jugement, ni celui de personne... Pourvu qu'on sache... {Allant à Antoinette.) Mon enfant, cela ne vous gêne pas que ma femme assiste à notre entretien ? (Regard affectueux d'Antoinette. Louise s'assoit dans un fauteuil. Albert prend Antoinette par les deux épaules, avec une amicale brusquerie, et lui tourne le visage vers la lumière.) Eh ! mais... Nous avons beaucoup meilleure mine... Un peu engraissée... De bons yeux, pas trop brillants... On dort bien ?

ANTOINETTE, joyeusement.

Comme une marmotte.

ALBERT On mange ?

ANTOINETTE Tout va mieux... Infiniment mieux...

ALBERT Diable !... Je vais vous ausculter... Tenez, ma petite, ôtez votre corsage... (Pendant qu Antoinette se déshabille Albert continue à l'interroger.) Puisque vous êtes en si bon état, pourquoi m'écrire que vous êtes tourmentée... Hein ?...

ANTOINETTE, hésitant.

C est comme un bouton qui ne veut pas percer... (Louise se lève et suit la conversation avec angoisse.) Oh ! à peine rouge... Moi, je n'y aurais pas fait attention, mais la sœur qui me pose des ventouses m'a conseillé de vous écrire. Je lui avais raconté que vous vouliez être prévenu de la moindre chose... C'est gentil, monsieur le docteur, d'avoir répondu si vite que je fasse le voyage à vos frais... Il y avait justement une occasion... La mère supérieure venait faire une retraite à notre maison de la rue de Sèvres... elle m'a emmenée...

ALBERT, allant à elle.

Pas tant d'histoires !... Où est-il, ce bouton ?...

(// se livre à un rapide examen.) Ça ne fait pas mal quand on appuie?... Bien, je suis fixé... (// revient et fait quelques pas dans la chambre, sans regarder Louise.)

Ce n'est pas mauvais ?

Non... Vous l'avez montré à votre médecin, là-bas?

ANTOINETTE Oui, Monsieur. Il dit que c'est un bobo de rien.

ALBERT Il s'appelle Verdier, n'est-ce pas, votre médecin ?

ANTOINETTE C'est ça, Verdier.

ALBERT Je le connais ; il a été mon interne.

ANTOINETTE Oh ! quand il parle de son maître !... Il vous admire tant !

ALBERT, ironique.

Bien obligé !... {Revenant à elle.) Ecoutons cette poitrine, maintenant... (// l'ausculte longuement.) Respirez fort !... Plus fort, sacrebleu !... Toussez !... Toussez encore !... (// continue à l'ausculter avec une angoisse croissante.) Rien !... (Il se redresse et promène

Vaguement les yeux autour de la chambre. Les ramenant tout à coup sur Antoinette :) Qu'avez-vous à me regarder ainsi ?

ANTOINETTE C'est que... monsieur le docteur !... c'est que vous avec l'air furieux... Cela va donc plus mal ?

ALBERT, rudement.

Vous êtes guérie !

ANTOINETTE, joyeuse.

N'est-ce pas ?... Je me sens tellement renaître... et puis le médecin, les sœurs, tous ceux qui ont de l'expérience, le disent...

Qu'avez-vous fait ?

ANTOINETTE Comment ?...

ALBERT, s' exaspérant .

Quel régime avez-vous suivi ? Quels remèdes avez-vous pris ?

ANTOINETTE Ceux que vous aviez ordonnés, monsieur le docteur ; et le régime aussi a été scrupuleusement suivi... Il n'y a qu'une chose...

ALBERT, avec emportement.

Laquelle, voyons ?

ANTOINETTE, tremblante.

Ne grondez pas, Monsieur... J'ai bu de l'eau de Lourdes, un peu, tous les matins... (// lui tourne le dos, et fait deux ou trois fois le tour de la chambre. Antoinette le regarde, atterrée. Il revient presque menaçant sur elle.)

ALBERT

Allons, rhabillez-vous !

ANTOINETTE, achevant de s habiller.

Monsieur, vous êtes terriblement en colère !... Je me repens d'avoir parlé de Lourdes... En entrant ici, j'hésitais encore... Et puis, quand vous avez dit : « Vous êtes guérie !... » il m'a semblé que la sainte Vierge me trouvait ingrate... Je n'ai pas pu me taire... Et voilà qu'à votre tour, vous m'en voulez, bien sûr, de ne pas comprendre à quel point vous m'avez fait du bien.

ALBERT, distraitement. Laissez donc !... Je pense à autre chose.

LOUISE, allant à elle.

Ma chère enfant, mes réflexions, à moi, sont faites... Retournez à votre couvent, et prévenez la mère supérieure que j'irai la voir demain pour obtenir de vous garder quelque temps chez nous... Mon mari n'est pas fâché... Il vous aime bien et veut suivre de près votre guérison... Et ne craignez pas.

lorsque vous vivrez près de moi, qu'on vous trouble dans votre confiance en Dieu... Priez-le, allez... Mettez tout votre espoir en lui !

ANTOINETTE Vous me croyez donc en danger. Madame ?

LOUISE Non. Ne vous tourmentez pas... Préparez-vous à venir loger à la maison, vous serez chez une amie ! {Elle embrasse Antoinette sur le front et la pousse doucement dehors. Puis elle revient à pas précipités vers son mari.)

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