SCÈNE II. — GUSMAN, ALZIRE, ÉMIRE
ALZIRE
C'est moi, c'est ton épouse.
C'est ce fatal objet de ta fureur jalouse, Qui n'a pu te chérir, qui t'a dû révérer. Qui te plaint, qui t'outrage, et qui vient t'implorer. Je n'ai rien déguisé. Soit grandeur, soit faiblesse. Ma bouche a fait l'aveu qu'un autre a ma tendresse-j- Et ma ^incéritéj^ trop funeste vertu, ^ Si inôn amant périt, est ce qui l'a perdu.- - - Je vais plus t'étonner : ton épouse a l'audace De s'adresser à toi pour demander sa grâce. J'ai cru que don Gusman, tout fier, tout rigoureux. Tout terrible qu'il est. doit être généreux. J'ai pensé qu'un guerrier, jaloux de sa puissance. Peut mettre l'orgueil même à pardonner l'offense : Une telle vertu séduirait plus nos coeurs Que tout l'or de ces lieux n'éblouit nos vainqueurs. Par ce grand changement dans ton âme inhumaine, Par un effort si beau tu vas changer la mienne ; Tu t'assures ma foi, mon respect, mon retour *, Tous mes vœux (s'il en est qui tiennent lieu d'amour).
I . Cette tirade fut vivement critiquée ; on aurait voulu que Gusman interrompit ici Alzire. Aussi les comédiens se permirent-i^ de modifier ainâ ce vers et le suivant : Compte, après cet effort, sur un juste retour.
GVSMAN
£q est-il donc, hélas ! qui tieiute lieu d'amour ? Mziit reprenait ensuite . Pardonne. . .
134 — ALZIRE
Pardonne,... je m'égare,... éprouve mon courage. Peut-être une Espagnole eût promis davantage ; Elle eût pu prodiguer les charmes de ses pleurs ; - Je n'ai point leurs attraits, et je n'ai point leurs mœurs*. Ce cœur simple, et formé des mains de la nature, En voulant t'adoucir redouble ton injure : Mais enfin c'est à toi d'essayer désormais Sur ce cœur indompté la force des bienfaits.
Eh bien ! si les vertus peuvent tant sur votre âme. Pour en suivre les lois, connaissez-les, madame. -s^ Étudiez nos mœurs avant de les blâmer ;
^^'^vv,. Ces mœurs sont vos devoirs ; il faut s'y confonner. vi ^ Sachez que le premier est d'étouffer l'idée ^ — Ir, Dont votre àme à mes yeux est encor possédée ; De vous respecter plus, et de n'oser jamais Me prononcer le nom d'un rival que je hais ; D'en rougir la première, et d'attendre en silence Ce que doit d'un barbare ordonner ma vengeance. Sachez que votre époux, qu'ont outragé vos feux. S'il peut vous pardonner, est assez généreux.
(Plus que vous ne pensez je porte un cœur sensible, Et ce n'est pas à vous à me croire inflexible.