‹ Théâtre choisi illustréChapitre 143 sur 191 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

Est-ce là cette foi si pure et si sacrée

Qu'à mon époux, à moi, votre bouche a jurée?

La foi que vous devez à ses mânes trahis,

A sa veuve éperdue, à son malheureux fils,

A ces dieux dont il sort et dont il tient l'empire?

POLYPHONTE

Il est encor douteux si votre fils respire.

Mais, quand du sein des morts il viendrait en ces Ueux

Redemander son trône à la face des dieux.

Ne vous y trompez pas, Messène veut un maître

Éprouvé par le temps, digne en effet de l'être ;

Un roi qui la défende ; et j'ose me flatter

Que le vengeur du trône a seul droit d'y monter.

Égisthe, jeune encore, et sans expérience, y

Étalerait en vain l'orgueil de sa n ais^ance ;

N'ayant rien fait pour rioùs^irn'a rien mérité/'

D'un prix bien différent ce trône est acheté.

Le droit de commander n'est plus un avantage

Transmis par la nature, ainsi qu'un héritage ;

C'est le fruit des travaux et du sang répandu ; ,

C'est le prix du courage, et je crois qu'il m'est dû^ ''

Souvenez-vous du jour où vous fûtes surprise

Par ces lâches brigands de P\-los et d'Amphr^'se ;

Revoyez votre époux et vos fils malheureux.

Presque en votre présence, assassinés par eux ;

Revoyez-moi, madame, arrêtant leur furie.

Chassant vos ennemis, défendant la patrie ;

Voyez ces murs enfin par mon bras délivrés ;

Songez que j'ai vengé l'époux que vous pleurez :

Voilà mes droits, madame, et mon rang, et mon titre :

La valeur fit ces droits ; le ciel en est l'arbitre.

Que votre fils revienne ; il apprendra sous moi

Les leçons de la gloire et l'art de vivre en roi :

Il verra si mon front soutiendra la couronne.

Le sang d'Alcide est beau, mais n'a rien qui m'étonne.

Je recherche un honneur et plus noble et plus grand :

Je songe à ressembler au dieu dont il descend : I

En un mot, c'est à moi de défendre la mère, I

Et de servir au fils et d'exemple et de père.

N'affectez point ici des soins si généreux. Et cessez d'insulter à mon fils malheureux.

174 — MÈROPE

Si vous osez marcher sur les traces d'Alcide, Rendez donc l'héritage au fils d'un Héraclide. Ce dieu, dont vous seriez l'injuste successeur, Vengeur de tant d'États, n'en fut point ravisseur. Imitez sa justice ainsi que sa vaillance ;

I Défendez votre roi ; secourez l'innocence ;

'Découvrez, rendez-moi ce fils que j'ai perdu, Et méritez sa mère à force de vertu ; Dans nos murs relevés rappelez votre maître : Alors jusques à vous je descendrais peut-être ; Je pourrais m'abaisser ; mais je ne puis jamais Devenir la complice et le prix des forfaits.

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