ACTE PREMIER — ITi
Égisthe est l'ennemi dont il faut triompher. Jadis dans son berceau je voulus l'étoufïer. De Narbas à mes yeux l'adroite diligence Aux mains qui me ser\'aicnt arracha son enfance : Narbas, depuis ce temps, errant loin de ces bords, A bravé ma recherche, a trompé mes efforts. J'arrêtai ses courriers ; ma juste prévoyance De Mérope et de lui rompit l'intelligence. Mais je connais le sort ; il peut se démentir ; De la nuit du silence un secret i>eut sortir ; Et des dieux quelquefois la longue patience Fait sur nous à pas lents descendre la vengeance.
ÉROX
Ah ! livrez-vous sans crainte à vos heureux destins. La prudence est le dieu qui veille à vos desseins. Vos ordres sont suivis : déjà vos satellites D'Élide et de Messène occupent les limites. Si Narbas reparaît, si jamais à leurs yeux Narbas ramène Égisthe, ils périssent tous deux.
POLYPHONTE
Mais me réponds-tu bien de leur aveugle zèle?
ÉROX
Vous les avez guidés par ime main fidèle :
Aucun d'eux ne connaît ce sang qui doit couler,
Ni le nom de ce roi qu'ils doivent immoler.
Narbas leur est dépeint comme un traître, un transfuge.
Un criminel errant, qui demande un refuge ;
L'autre, comme un esclave, et comme un meurtrier
Qu'à la rigueur des lois il faut sacrifier.
POLYPHONIE
Eh bien ! encor ce crime ! il m'est trop nécessaire.
Mais en p>erdant le fils, j'ai besoin de la mère ; ^
J'ai besoin d'un hymen utile à ma grandeur, ^
Qui détourne de moi le nom d'usurpateur.
Qui fixe enfin les vœux de ce peuple infidèle.
Qui m'apporte pour dot l'amour qu'on a pour elle.
Je lis au fond des cœurs : à peine ils sont à moi :
ÉchauSés par l'espoir, ou glacés par l'effroi.
L'intérêt me les donne ; il les ra\'it de même.
Toi, dont le sort dépend de ma grandeur iuprême.
Appui de mes projets par tes soins dirigés,
Érox, va réunir les esprits partagés ;