‹ Théâtre choisi illustréChapitre 15 sur 191 · M"' Gaussin. considérables de l'Angleterre. C'est ainsi · texte numérisé non relu

M"' Gaussin. considérables de l'Angleterre. C'est ainsi

2. Ce que M. de Voltaire avait prévu que les auteurs devraient dédier leurs dans sa dédicace de Zaire est arrivé. Mon- ouvTages, au lieu d'écrire des lettres d'essieur Falkener a été un des meilleurs minis- liave à des gens dignes de l'être. (Note de ues et est deveuu uo de» hommes les plus I75î.)

Ceux qui savent combien le coiuniefcc est houoré dans voire paliic n'ignorent pas aussi qu'un négociant y est quelquefois un U-gislateur, un bon oûicier, lui ministre public.

Quelques personnes corrompues par l'indigne usage de ne rendre hommage qu'à la grandeur ont essayé de jeter un ridicule sur la nouveauté d'une dédicace faite à un homme qui n'avait alors que du mérite. On a osé, sur un théâtre consacré au mauvais goût et à la médisance, insulter à l'auteur de cette dédicace, et à celui qui l'avait reçue : on a osé lui reprocher d'être un négociant '. Il ne faut point imputer à notre nation une grossièreté si honteuse, dont les peuples les moins civilisés rougiraient. Les magistrats qui veillent parmi nous sur les mœurs, et qui sont continuellement occupés à réprimer le scandale, furent surpris alors ; mais le mépris et l'horreur du public pour l'auteur connu de cette indignité sont une nouvelle preuve de la politesse des Français.

Les vertus qui forment le caractère d'un peuple sont souvent démenties par les vices d'un particulier. Il y a eu quelques hommes voluptueux à Lacédémone. Il y a eu des esprits légers et bas en Angleterre. Il y a eu dans Athènes des hommes sans goût, impolis et grossiers ; et on eu trouve dans Paris.

Oublions-les, comme ils sont oubliés du pablic ; et recevez ce second hommage : je le dois d'autant plus à un .\nglais que cette tragédie vient d'être embellie à Londres. Elle y a été traduite et jouée avec tant de succès, on a parlé de moi sur votre théâtre avec tant de politesse et de bonté que j'en dois ici un remerciement public à votre nation.

Je ne peux mieux faire, je crois, pour l'honneur des lettres, que d'apprendre ici à mes compatriotes les singulaïutés de la traduction et de la représentation de Zaïre sur le théâtre de Londres.

M. Hill*, homme de lettres, qui paraît connaître le théâtre mieux qu'aucun auteur anglais, me ât l'honneur de traduire ma pièce, dans le dessein d'introduire sur votre scène quelques nouveautés, et pour la manière d'écrire les tragédies, et pour celle de les réciter. Je parlerai d'abord de la représentation.

L'art de déclamer était chez vous un peu hors de la nature : la plupart de vos acteurs tragiques s'exprimaient souvent plus en poètes saisis d'enthousiasme i;u'en hommes que la passion inspire. Beaucoup de comédiens avaient encore outré ce défaut ; ils déclamaient des vers ampoulés, avec ime fureur et une impétuosité qui est au beau naturel ce que les convulsions sont à l'égard d'une démarche noble et aisée.

Cet air d'emportement semblait étranger à votre nation ; car elle est naturellement sage, et cette sagesse est quelquefois prise pour de la froideur par les étrangers. Vos prédicateurs ne se permettent jamais un ton de déclamateur. On rirait chez vous d'un avocat qui s'échaufferait dans son plaidoyer. Les seuls comédiens étaient outrés. Nos acteurs, et surtout nos actrices de Paris, avaient ce défaut il y a quelques années : ce fut M"« Le

I . On joua 'one mauvaise farce à la co cette indignité, et le public la situa. {Noie

médie italienne de Paris, dans laquelle on lU Viditimi, de 1748.) insultait grossièrement plusieurs personnes 2. Hill (1685-1750), poète dramatique

de mérite et entre autres M. Falkener. Le anglais. Ses meilleurs ou\Tages sont les

ïieur Hérault, Ueuteoaat âe police, permit adaptatioos qu'il àt de Z*»r« et de Miropâ.

2(J — ZAIl^E

Couvreur qui les eu corrigea. Voyez ce qu'eu dit un auteur italien de beaucoup d'e-3prit et de sens :

la leggiudia Couvreur • sola non iioUa, Ver qneUa slrada dove i suoi coiupagni Van di galoppc (utti quanti in f>vtta ; Se avvien ch'eUa pianga, o che si lagni Sen'.a quegîi tirli spavevJosi loro, Ti muovc si che in pianger raceompagni.

Ce même changement que M"» Le Couvreur avait fait sur notre scène, M"» Cibber * vient de l'introduire siu: le théâtre anglais, dan^ le rôle de Zaïre. Chose étrange, que dans tous les arts ce ne soit qu'après bien du temps qu'on vienne enfin au naturel et au simple !

Une nouveauté qui va paraître plus singulière aux Français, c'est qu'un gentilhomme de votre pays'', qui a de la fortune et de la considération, n'a pas dédaigné de jouer sur votre théâtre le rôle d'Orosmane. C'était un spectacle assez intéressant de voir les deux principaux personnages remplis, l'un par un homme de condition, et l'autre par une jeune actrice de dix-huit ans, qui n'avait pas encore récité un vers de sa vie.

Cet exemple d'un citoyen qui a fait usage de son talent pour ladéclamation n'est pas le premier venu parmi vous. Tout ce qu'il y a de suq^renant en cela, c'est que nous nous en étonnions.

Nous devrions faire réflexion que toutes les choses de ce monde dépendent de l'usage et de l'opinion. La cour de France a dansé sur le théâtre avec les acteurs de l'Opéra, et on n'a rien trouvé en cela d'étrange, sinon que la mode de ces divertissements ait fini. Pourquoi sera-t-il plus étonnant de réciter que de danser en public? Y a-t-il d'autre dilïérence entre ces deux arts, sinon que l'un est autant au-dessus de l'autre que les talents où l'esprit a quelque part sont au-dessus de ceux du coi"ps? Je le répète encore, et je le dirai toujours : aucun des beaux-arts n'est méprisable ; et il n'est véritablement honteux que d'attacher de la honte aux talents.

Venons à présent à la traduction de Zaïre, et au changement qui vient de se faire chez vous dans l'art dramatique.

Vous aviez une coutume à laquelle M. Addison, le plus sage de vob écrivains, s'est asservi lui-même, faut l'usage tient lieu de raison et de loi. Cette coutume peu raisonnable était de finir chaque acte par des vers d'un j;oùt différent du reste de la pièce ; et ces vers devaient nécessairement renfenner une cximparaison. Phèdre,' en sortant du théâtre, se comparait poétiquement à une biche ; Càton, à un rocher ; Cléopâtre, à des enfants qui pleurent jusqu'à ce qu'Us soient endormis.

Le traducteur de Zaïre est le premier qui ait osé maintenir les droits de la nature contre un goût si éloigné d'elle. II a proscrit cet usage ; il a senti

I. Seule, la charmante Le Couvreur ne ment qu'on pleure avec elle. {Trcului:iion

«'engage pas sur cette route où ses coinpa- d« MM. Jolivet el Aveeou.) «nous, tous autant qu'ils sout, galopent en 2. C'était une jeune actrice de dix-huit

loule. S'il arrive qu'elle pleure ou se la- ans, qui n'avait pas encore jonè la tragi-die,

mente, sans pousser comme eux des bur- et dont la tentative fut un coup de niattre. iements époavaatables, elie émeut telle- 3. Citait un pareot da Hill.

que la passion doit parler un langage \Tai, et que le poète doit ?e cacher toujours pour ne laisser paraître que le héros.

C'est sur ce principe qu'il a traduit, avec naïveté et sans aucune enflure, tous les vers simples de la pièce, qu« l'on gâterait, si on voulait les rendre beaux.

On ne peut désirer ce qu'on ne coimaît pas. (Acte I, scène i.)

J'eusse été près du Gange esclave des faux dieux, Chrétienne dans Paris, musulmane en ces lieux. (I, i.)

Mais Orosmane m'aime, et j'ai tout oublié. (I, i.)

Non, la reronnais&ance est un faible retour,

Vn tribut ofïensant, trop peu fait pour l'amour. (I, i.)

Je me croirais haï d'être aimé faiblement. (I, u.)

Je veux avec excès vous aimer et vous plaire. (I, ii.)

L'art n'est pas fait pour toi, tu n'en as pas besoin. (IV, ri.)

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