‹ Théâtre choisi illustréChapitre 151 sur 191 · ACTE · texte numérisé non relu

ACTE

Cresphonte, ô ciel !... j'ai cru... que j'en rougis de honte ! Oui, j'ai cru démêler quelques traits de Cresphonte. Jeux cruels du hasarcl^' en qui me montrez^dus Une si fausse image et des rapports si doux? Affreux ressouvenir, quel vain songe m'abuse !

EURYCLÈS

Rejetez donc, madame, un soupçon qui l'accuse ; Il n'a rien d'un barbare, et rien d'un imposteur.

MÉROPE

Les dieux ont sur son front imprimé la candeur. Demeurez ; en quel lieu le ciel vous fit-il naître?

ÉGISTHE

En Élide.

MÉROPE

Qu'entends-je? en Élide ! Ah ! peut-être... L'Élide... répondez... Narbas vous est connu? Le nom d'Égisthe au moins jusqu'à vous est venu? Quel était votre état, votre rang, votre père?

jMoa père est un vieillard accablé de misère ; iPolyclète est son nom ; mais Égisthe, Narbas, ' Ceu.x dont vous me parlez, je ne les connais pas.

MÉROPE

O dieux ! vous vous jouez d'une triste mortelle !

J'avais de quelque espoir une faible étincelle ;

J'entrevoyais le jour, et mes yeux affligés

Dans la profonde nuit sont déjà replongés.

Et quel rang vos parents tiennent-ils dans la Grèce?

ÉGISTHE

Si la vertu suffit pour faire la noblesse. Ceux dont je tiens le jour, Polyclète, Sirris, Ne sont pas des mortels dignes de vos mépris : Leur sort les avilit ; mais leur sage constance Fait respecter en eux l'honorable indigence. / Sous ses rustiques toits mon père vertueux Fait le bien, suit les lois et ne craint que les dieux.

MÉROPE

Chaque mot qu'il me dit est plein de nouveaux charmes. Pourquoi donc le quitter? pourquoi causer ses larmes? Sans doute il est affreux d'être privé d'un fils.

182 — MÉROPE

ÉGISTHE

Un vain désir de gloire a séduit mes esprits. I On me parlait souvent des troubles de Messène, r Des malheurs dont le ciel avait frappé la reine, \ Surtout de ses vertus, dignes d'un autre prix : i Je me sentais ému par ces tristes récits. De l'Élide en secret dédaignant la mollesse, J'ai voulu dans la guerre exercer ma jeunesse, Servir sous vos drapeaux, et vous offrir mon bras ; I Voilà le seul dessein qui conduisit mes pas. 1 Ce faux instinct de gloire égara mon courage : I A mes parents, flétris sous les rides de l'âge. J'ai de mes jeunes ans dérobé les secours ; C'est ma première faute ; elle a troublé mes jours : Le ciel m'en a puni ; le ciel inexorable M'a conduit dans le piège et m'a rendu coupable.

MÉROPE

Il ne l'est point ; j'en crois son ingénuité : ïLe mensonge n'a point cette simplicité. '^ Tendons à sa jeunesse une màîn bienfaisante ;

C'est un infortuné que le ciel me présente : Il suffit qu'il soit homme, et qu'il soit malheureux. Mon iils peut éprouver un sort plus rigoureux. Il me rappelle Égisthe ; Égistlie est de son âge : Peut-être, comme lui, de rivage en rivage. Inconnu, fugitif, et partout rebuté.

Il souffre le mépris qui suit la pauvreté. L'opprobre avilit l'âme, et flétrit le courage. Pour le sang de nos dieux quel horrible partage ! Si du moins...

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