‹ Théâtre choisi illustréChapitre 175 sur 191 · SCÈNE V. — MÉROPE, NARBAS, EURYCLÈS, ISMÉXIE · texte numérisé non relu

SCÈNE V. — MÉROPE, NARBAS, EURYCLÈS, ISMÉXIE

^ >•; ' ISMÉNIE

Voici l'heure, madame, Qu'il vous faut rassembler les forces de votre âme. .y. Un vain peuple, qui vole après la nouveauté, . \

Attend votre hyménée avec avidité.

Le t>'ran règle tout ; il semble qu'il apprête L'appareil du carnage, et non pas d'une fête. Par l'or de ce tyran le grand prêtre inspiré \ A fait parler le dieu dans son temple adoré, i Au nom de vos aïeux et du dieu qu'il atteste. Il vient de déclarer cette union funeste. Polyphonte, dit-il, a reçu vos serments ; Messène en est témoin, les dieux en sont garants. Le peuple a répondu par des cris d'allégresse ; Et, ne soupçonnant pas le chagrin qui vous pres:^. Il célèbre à genoux cet hymen plein d'horreur : Il bénit le tyran qui vous perce le cœur.

VOLTAIRE — TaÉATWe

208 — MÉROPE

MÉROPE

Et mes malheurs encor font la publique joie I

NARBAS

Pour sauver votre fils quelle funeste voie !

MÉROPE

C'est un crime effroyable, et déjà tu frémis.

NARBAS

Mais c'en est un plus grand de perdre votre fils.

MÉROPE

Eh bien ! le désespoir m'a rendu mon courage.

Courons tous vers le temple où m'attend mon outrage.

Montrons mon fils au peuple, et plaçons-le à leurs yeux.

Entre l'autel et moi, sous la garde des dieux.

Il est né de leur sang, ils prendront sa défense ;

Ils ont assez longtemps trahi son innocence.

De son lâche assassin je peindrai les fureurs :

L'horreur et la vengeance empliront tous les cœurs.

Tyrans, craignez les cris et les pleurs d'une mère.

On vient. Ah ! je frissonne. Ah ! tout me désespère.

On m'appelle, et mon fils est au bord du cercueil ;

Le tyran peut encor l'y plonger d'un coup d'oeil. [Aux sacrificateurs.)

Ministres rigoureux du monstre qui m'opprime.

Vous venez à l'autel entraîner la victime. I O vengeance ! ô tendresse ! ô nature ! ô devoir ! ' Qu'allcz-vous ordonner d'un cœur au désespoir?

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