ACTE IV — m
Je sais qu'il vous faut p>erdre, et mon sort l'a voulu : Mais, seigneur, mais mon cœur ne vous est pas connu. Me punisse à jamais ce ciel qui me condamne. Si je regrette rien que le coeur d'Orosmane * !
OROSMANE
Zaïre, vous m'aimez !
ZAÏRE
Dieu ! si je l'aime, hélas!
OROSMANE
Quel caprice étonnant, que je ne conçois pas'!
Vous m'aimez ! Eh ! pourquoi vous forcez-vous, cruelle,
A déchirer le cœur d'un amant si fidèle?
Je me connaissais mal ; oui, dans mon désespoir,
J'avais cru sur moi-même avoir plus de pouvoir.
Va, mon cœur est bien loin d'un pouvoir si funeste.
Zaïre, que jamais la vengeance céleste
Ne donne à ton amant, enchaîné sous ta loi,
La force d'oublier l'amour qu'il a pour toi 1
Qui? nioi? que sur mon trône une autre fût placée.
Non, je n'en eTis jamais la fatale pensée.
Pardonne à mon courroux, à més~ sens interdits.
Ces dédains affectés, et si bien démentis ;
C'est le seul déplaisir que jamais, dans ta vie.
Le ciel aura voulu que ta tendresse essuie.
Je t'aimerai toujours... Mais d'où vient que ton cœur,
En partageant mes feux, différait mon bonheur?
Parle. Était-ce un caprice? est-ce crainte d'un maître.
D'un Soudan, qui pour toi veut renoncer à l'être?
Serait-ce un artifice? épargne-toi ce soin ; I
L'art n'est pas fait pKîur toi, tu n'en as pas besoin : i
Qu'il ne souille jamais le saint nœud qui nous lie !
L'art le plus innocent tient de la perfidie.
Je n'en connus jamais, et mes sens déchirés.
Pleins d'un amour si vrai...
ZAÏRE
Vous me désespérez.
Vous m'êtes cher, sans doute, et ma tendresse extrême Est le comble des maux pour ce cœur qui vous aime.
I. Si j« regrette rifn (autre chose) que le a. Variante de 1733, de 173^ et de 1738. cœur cl'Oro=maDe. Quel cai>rice odieos que je ne conçois pas !
70 — ZAÏRE
OROSMANE
O Ciel ! expliquez- vous. Quoi I toujours me troubler? Se peut-il...?
ZAÏRE
Dieu puissant, que ne puis- je parler !
OROSMANE
Quel étrange secret me cachez-vous, Zaïre? fîst-il quelque chrétien qui contre moi conspire? Me trahit-on? parlez.
ZAÏRE
Eh! peut-on vous trahir?
Seigneur, entre eux et vous vous me verriez courir : On ne vous trahit point, pour vous rien n'est à craindre ; Mon malheur est pour moi, je suis la seule à plaindre.
OROSMANE
Vous, à plaindre ! grand Dieu !
ZAÏRE
Souffrez qu'à vos genoux Je demande en tremblant une grâce de vous.
OROSMANE
Une grâce^ordojujez, et demajidez ma vie.
ZAÏRE
Plût au ciel qu'à vos jours la mienne fût unie ! Orosmane... Seigneur,... permettez qu'aujourd'hui, Seule, loin de vous-même, et toute à mon ennui. D'un œil plus recueilli contemplant ma fortune, Je cache à votre oreille une plainte importune... Demain tous mes secrets vous seront révélés.
OROSMANE
De quelle inquiétude, ô ciel ! vous m'accablez : Pouvez- vous...?
ZAÏRE
Si pour moi l'amour vous parle encore.
Ne me refusez pas la grâce que j'implore.
OROSMANE
Eh bien ! il faut vouloir tout ce que vous voulez ; J'y consens ; il en coûte à mes sens désolés.