VOLTAIRE — THÉÂTRE
80 — ZAÏRE
ZAÏRE
Ah ! Fatime, tout sert à me désespérer :
Je sais que da sérail rien ne peut me tirer ;
Je voudrais des chrétiens voir l'heureuse contrée,
Quitter ce lieu funeste à mon âme égarée ;
Et je sens qu'à l'instant, prompte à me démentir.
Je fais des vœux secrets pour n'en jamais sortir.
Quel état ! quel tourment ! Non, mon âme inquiète
Ne sait ce qu'elle doit, ni ce qu'elle souhaite ;
Une (erreur affreuse est tout ce que je sens.
Dieu! détourne de moi ces noirs pressentiments ;
Prends soin de nos chrétiens, et veille sur mon frère !
Prends soin, du haut des cieux, d'une tête si chère !
Oui, je le vais trouver, je lui vais obéir :
Mais dès que de Solyme il aura pu partir.
Par son absence alors à parler enhardie.
J'apprends à mon amant le secret de ma vie :
Je lui di rai le culte où mon cœur est lié ;
Il lira dans ce cœur, il en aura pitié.
Mais dusse- je au supplice être ici condamnée.
Je ne trahirai point le sang dont je suis née.
Va, tu peux amener mon frère dans ces lieux,
Rappelle cet esclave.