‹ Théâtre choisi illustréChapitre 92 sur 191 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

Ah ! Montèze, crois-moi, ces foudres, ces éclairs.

Ce fer dont nos tyrans sont armés et couverts,

Ces rapides coursiers qui sous eux font la gue'n-e.

Pouvaient à leur abord épouvanter la terre :

Je les vois d'un œil fixe et leur ose insulter ; ^^a^T les vaincre il suffit de ne rien redouter.

Leur nouveauté, qui seule a fait ce monde esclave.

Subjugue qui la craint, et cède à qui la brave.

L'or, ce poison brillant qui nait dans nos climats.

Attire ici l'Europe, et ne nous défend pas.

Le fer manque à nos mains ; les cieux, pour nous avares.

Ont fait ce don funeste à des- mains plus barbares ;

Mais pour venger enfin nos peuples abattus, ' / LÇ-Ciel, au lieu de fer^ nous donna des vertus. — ,' J<^ comb::t< pour Akirs^.etie. vaincrai pour elle. MoxTHzi: ^" ■■ -

Le ciel est contre toi : calme un frivole zèle.

Les temps sont trop changés.

ZAMORE

^ ^ Que peux-tu dire, hélas !

Les temps sont-ils changés, si ton cœur ne l'est pas, » Si ta fille est fidèle à ses vœux, à sa gloire, /

Si Zamore est présent encore à sa mémoire? /

Tu détournes les yeux, tu pleures, tu gémis ! /

MONXizZE

Zamore infortuné !

ZAMORE

Ne suis-je plus ton fils?

Nos tyrans ont flétri ton âme magnanime ; Sur le bord de la tombe ils t'ont appris le crime.

MONTÈZE

Je ne suis point coupable, et tous ces conquérants,

Ainsi que tu le crois, ne sont point des tyrans.

Il en est que le ciel guida dans cet empire.

Moins pour nous conquérir qu'afin de nous instruire» •

Qui nous ont apporté de nouvelles vertus, .^^^^ /' :a

Des secrets immortels, et des arts inconnus, ^^

roJ^uP'-i ^l°'l ''"^- ^o"'*2«. persuadé trop aimer sa religioa et sa fUle Dour la

118 — ALZIRE

La science de l'homme, un grand exemple à suivre. Enfin l'art d'être heureux, de penser et de vi\Te.

y ue dis-tu ? quelle horreur la bouche ose avouer ! Alzire est leur esclave, et tu peux les louer !

MONTÈZE

Elle n'est point esclave. *^.

ZAMORE

Ah, Montèze ! ah, mon i>ère !

Pardonne à mes malheurs, pardonne à ma colère ; Songe qu'elle est à moi par des nœuds éternels : Oui, tu me l'as promise aux pieds des immortels ;^ -yAr*»'**/ Ils ont reçu sa foi, son cœur n'est point parjure, '^'i^'^1^ '

MONTÈZE

N'atteste point ces dieux, enfants de l'imposture ; Ces fantômes affreux que je ne connais plus ; Sous le Dieu que j'adore ils sont tous abattus.

ZAMORE

Quoi ! ta religion? quoi ! la loi de nos pères?

MONTÈZE

J'ai connu son néant, j'ai quitté ses chimères. Puisse le Dieu des dieux, dans ce monde ignoré, Manifester son être à ton cœur éclairé ! Puisses-tu mieux connaître, ô malheureux Zamoro ! Les vertus de l'Europe, et le Dieu qu'elle adore !

ZAMORE

Quelles vertus ! cruel ! les tyrans de ces Ueux T'ont fait esclave en tout, t'ont arraché tes dieux. Tu les as donc trahis pour trahir ta promesse? Alzire a-t-elle encore imité ta faiblesse? Garde-toi...

MONTÈZE

Va, mon cœur ne se reproche rien ; Je dois bénir mon sort, et pleurer sur le tien.

ZAMORE

Si tu trahis ta foi, tu dois pleurer sans doute. Prends pitié des tourments que ton crime me coûte.

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