‹ Théâtre choisiChapitre 102 sur 178 · SCÈNE VI — U · texte numérisé non relu

SCÈNE VI — U

LE MARQUIS

Je VOUS assure, mesdames, qu'à moins de voler, on ne peut as faire plus de diligence : il n'y a pas, en vérité, trois quarts heure que je suis parti de Versailles. Vous connaissez ce cheval irbe et cette jument arabe que je mets ordinairement à ma laisc : il n'y a pas deux meilleurs animaux pour un rendex- Dus de vitesse.

CLiTANDRE, au marquts.

Quelle affaire si pressée...?

LE MARQUIS

Et un postillon... un postillon qui n'est pas plus gros que le oing, et qui va comme le vent. Si nous n'avions pas, nous utres, de ces voitures volantes-là, nous manquerions la moitié e nos occasions.

LUCILE

Et depuis quand, monsieur le marquis, vous mêlez-vous 'aller à Versailles? Il me semble que vous faites ordinairement otre cour à Paris.

LE MARQUIS, à CHtandre.

Eh bien ! qu'est-ce, mon cher? Te voilà au comble des plaisirs : u vas nager dans les délices : tu sais l'intérêt que je prends à out ce qui te touche. Quelle félicité, lorsque deux coeurs bien pris approchent du moment attendu,... là, qu'on se voit à la ueue du roman !

(// chante.)

Sangaride, ce jour est un grand jour pour vous. CLITANDRE

Je ressens mon bonheur dans toute son étendue. Mais, dismoi, je te prie, as-tu passé, comme tu m'avais promis, chez ce oaillier, pour ces diamants?

LE MARQUIS, à Cïdalise.

Et vous, la belle cousine, qu'est-ce? le cœur ne vous en dit-il )oint? Il faut que l'exemple vous encourage. Ne voulez-vous )oint, en vous mariant, payer vos dettes à l'amour et à la lature? Fi ! que cela est vilain d'être une grande inutile dans e monde !

CIDALISE

L'état de fille ne m'a point encore ennuyée.

RXGNARD — t» )0

LE MARQUIS

Ce sera quand il vous plaira, au moins, que nous ferons quelque marché de cœur ensemble : je suis fait pour les dames ; et les dames, sans vanité, sont aussi faites pour moi. Je veux être déshonoré, si je ne vous trouve fort à mon gré ; je me sens même de la disposition à vous aimer un jour à l'adoration, à la fureur : mais point de mariage au moins, point de mariage ; j'aime les amours sans conséquence : vous m'entendez bien?

Vraiment ce discours-là est assez clair ; il n'a pas besoin de commentaire. Quoi ! monsieur le marquis... LE MARQUIS, à CUtandre.

Il n'est pas connaissable depuis qu'il me hante, ce petit homme. Il est vrai que je n'ai pas mon pareil pour débourgeoiser un enfant de famille, le mettre dans le monde, le pousser dans le jeu, lui donner le bon goût pour les habits, les meubles, les équipages. Je le mène un peu raide ; mais ces petits messieurslà ne sont- ils pas trop heureux qu'on leur inspire les manières de cour, et qu'on leur apprenne à se ruiner on deux ou trois ans?

LUCILE, au Marquis,

Avez- vous bien des écoliers?

LE MARQUIS

A propos, où est Merlin? je ne le vois point ici : c'est un joli garçon ; je l'aime ; je le trouve admirable pour faire une ressource, pour écarter les créanciers, amadouer des usuriers, persuader des marchands, démeubler une maison en un tour de main. {A CUtandre.) Que ton père a eu de prévoyance, d'esprit, de jugement, de te laisser un gouverneur aussi sage, un économe aussi entendu ! Ce coquin-là vaut vingt mille livres de rente, comme un sou, à* un enfant de famille.

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