‹ Théâtre choisiChapitre 159 sur 178 · ACTE JII · texte numérisé non relu

ACTE JII

ALBERT

Vous voyez donc, monsieur, d'où procède son mal?

CRISPIN

Je le vois aussi net qu'à travers un cristal.

ALBERT

Tant mieux. Vous saurez que, depuis tantôt, la belle Sent toujours de son mal quelque crise nouvelle : En ces lieux écartés n'ayant nuls médecins. Monsieur m'a conseillé de la mettre en vos mains.

Sans doute elle serait beaucoup mieux dans les siennes Mais j'espère employer utilement mes peines.

ALBERT

Vous avez donc guéri de ces maux quelquefois?

CRISPIN

Moi? si j'en ai guéri? Ah ! vraiment, je le crois. Il entre dans mon art quelque peu de magie. Avec trois mots, qu'un Juif m'apprit en Arabie, Je guéris une fois l'infante de Congo, Qui vraiment avait bien un autre vertigo. Je laisse aux médecins exercer leur science Sur les maux dont le corps ressent la violence : Mais l'objet de mon art est plus noble ; il guérit Tous les maux que l'on voit s'attaquer à l'esprit. Je voudrais qu'à la fois vous fussiez maniaque, Atrabilaire, fou, même hypocondriaque.

Pour avoir le plaisir de vous rendre, demain. Sage comme je suis, et de corps aussi sain*.

ALBERT

Je vous suis obligé, monsieur, d'un si grand zèle.

CRISPIN

Sans perdre plus de temps, entrons chez cette belle.

ALBERT, l'arrêtant.

Non, s'il vous plaît, monsieur, il n'en est pas besoin ; Et de vous l'amener je vais prendre le soin.

I. Toinette dans Je Malade imaginaire (a. III, se. xiv) fait un souhait analogue.

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