SCÈNE X: ALBERT, ÉRASTE, AGATHE, LISETTE. CRISPIN
AGATHE, en justaucorps, avec un bonnet de dragon. Morbleu, vive la guerre I Je ne puis plus rester inutile sur terre. Mon équipage est prêt,
{A Eraste.)
Ah ! marquis, en ce lieu Je te trouve à propos, et viens te dire adieu. J'ai trouvé de l'argent pour faire ma campagne ; Et cette nuit enfin je pars pour l'Allemagne.
ALBERT
Ciel I quel égarement
AGATHE
Parbleu ! les officiers Sont malheureux d'avoir affaire aux usuriers : Pour tirer de leurs mains cent mauvaises pistoles. Il faut plus s'intriguer, et plus jouer de rôles !
Celui qui m'a prêté son argent, je le tiens
Pour le plus grand coquin, le plus juif, le plus chien
Que l'on puisse trouver en afîaires patreilles :
Je voudrais que quelqu'un m'apportât ses oreilles.
Enfin me voilà prêt d'aller servir le roi ;
Il ne tiendra qu'à toi de partir avec moi.
ÉRASTE
Partout où vous irez, je suis de la partie.
{Bas à Albert.) Il faut, avec prudence, entrer dans sa manie.
Je quitte avec plaisir l'étendard de l'Amour.
Je puis, sous ses drapeaux, aller loin quelque jour.
J'ai mille qualités, de l'esprit, des manières ;
Je sais l'art de réduire aisément- les plus fières,
Mais quoi ! que voulez-vous? je ne suis point leur fait.
Le beau sexe sur moi ne fit jamais d'efîet.
La gloire est mon penchant, cette gloire inhumaine
A son char éclatant en esclave m'enchaîne.
Ce pauvre sexe meurt et d'amour et d'ennui.
Sans que je sois tenté de rien faire pour lui.
Plus de délais : je cours où la gloire m'appelle.
{A Crispin.) Amène mes chevaux. L'occasion est belle ; Partons, courons, volons.
[Eraste parle bas à Agathe.)
CRISPIN, à Albert.
Je ne la quitte pas.
Et suis prêt à la suivre au miUeu des combats.
{Albert surprend Eraste parlant bas à Agathe '.) ÉRASTE, à Albert.
J'examinais ses yeux. A ce qu'on peut comprendre. Quelque accès violent sans doute va la prendre. Lequel sera suivi d'un assoupissement :
Ordonnez qu'on apporte un fauteuil vivement.
AGATHE
Qu'il me tarde déjà d'être au champ de la gloire !
I. Cette scène présente plusieurs points de ressemblance avec l'Amour médecin (a. III, se. vet \i).