I. Ergo, mot latin qui signifie: donc, par conséquent
HECTOR
Et le libertinage.
VALÊRE
Hector, en vérité.
Il n'est point dans le monde un état plus aimable Que celui d'un joueur : sa vie est agréable ; Ses jours sont enchaînés par des plaisirs nouveaux; Comédie, opéra, bonne chère, cadeaux :
Il traîne en tous les lieux la joie et l'abondance : On voit régner sur lui l'air de magnificence ; Tabatières, bijoux ; sa poche est un trésor ; Sous ses heureuses mains le cuivre devient or.
HECTOR
Et l'or devient à rien.
VALÈRE
Chaque jour mille belles Lui font la cour par lettre, et l'invitent chez elles : La porte, à son aspect, s'ouvre à deux grands battants. Là, vous trouvez toujours des gens divertissants ; Des femmes qui jamais n'ont pu fermer la bouche, Et qui sur le prochain vous tirent à cartouche * : Des oisifs de métier, et qui toujours sur eux Portent de tout Paris le lardon ' scandaleux : Des Lucrèces ' du temps, là, de ces filles veuves. Qui veulent imposer et se donner pour neuves ; De vieux seigneurs toujours prêts à vous cajoler ; Des plaisants qui font rire avant que de parler. Plus agréablement peut-on passer la vie?
HECTOR
D'accord. Mais quand on perd, tout cela vous ennuie.
VALÊRE
Le jeu rassemble tout ; il unit à la fois Le turbulent marquis, le paisible bourgeois. La femme du banquier, dorée et triomphante. Coupe orgueilleusement la duchesse indigente.
I. Tirer à carioucJu: dire du mal; ou, comme on dit aujourd'hui, casser du sucre. — 2. Lardon trait satirique, potin, sarcasme. — 3. Lucrèce: femme romaine, violée par Tarquin, et qui se donna la mort pour ng pas survivre à son déshonneur.