BI:G^<ARD — I
« La fortune offre aux yeux des brillants mensongers; Tous les biens d'ici-bas sont faux et passagers ; Leur possession trouble, et leur perte est légère : Le sage gagne assez quand il peut s'en défaire. » Lorsque Sénèque fit ce chapitre éloquent. Il avait, comme vous, perdu tout son argent.
VALÈRE, se levant.
Vingt fois le premier pris ! Dans mon cœur il s'élève Des mouvements de rage.
(// s'assied.) Allons, poursuis, achève.
HECTOR
« L'or est comme une femme ; on n'y saurait toucher. Que le cœur, par amour, ne s'y laisse attacher. L'un et l'autre en ce temps, sitôt qu'on les manie. Sont deux grands rémoras * pour la philosophie. » N'ayant plus de maîtresse, et n'ayant pas un sou. Nous philosopherons maintenant tout le soûl.
VALÈRE
De mon sort désormais vous serez seule arbitre. Adorable Angélique... Achève ton chapitre.
HECTOR
« Que faut-il... »
VALÈRE
Je bénis le sort et ses revers.
Puisqu'un heureux malheur me rengage en vos fers. Finis donc.
HECTOR
« Que faut-il à la nature humaine?
Moins on a de richesse, et moins on a de peine. C'est posséder les biens que savoir s'en passer, » Que ce mot est bien dit ! et que c'est bien penser ! Ce Sénèque, monsieur, est un excellent homme. Était-il de Paris?
VALÈRE
Non, il était de Rome.
I. Rcmoras : poissons qui, dit-on, arrêtaient les navires. ïci, au ôgufé : obst-icles.