‹ Théâtre choisiChapitre 7 sur 178 · NO TIGE · texte numérisé non relu

NO TIGE

Le Joueur, représenté au Théâtre-Français le 19 décembre 1696, est le coup d'essai de Regnard dans la comédie de mœurs ou de caractère. — Valère ne sait pas résister à sa passion pour le jeu. Quand il gagne, il ne veut plus entendre parler d'amour ni de mariage ; s'il vient à perdre, il sent revenir sa tendresse pour Angélique, une jeune fille de province qui s'est éprise de lui : c'est là toute l'intrigue de la comédie. Tout d'abord, après un jeu malheureux , il promet à son père de s'amender ; il se fait bien venir d'Angélique, qui lui donne son portrait enrichi de diamants. Mais son valet Hector lui amène M™^ j^a Ressource, une usurière, et Valère lui abandonne en gage le portrait de sa maîtresse. Il gagne et ne songe plus guère ni à Angélique ni au portrait. Bientôt la chance tourne. Il va retrouver Angélique. La jeune fille, qui a appris de M^^ La Ressource le cas que l'on a fait de son portrait, donne sa main à Dorante, le propre oncle de Valère, et rompt avec ce dernier. Regnard, qui était joueur, a su donner à Valère une vérité de caractère qu'on ne rencontre pas ordinairement dans son théâtre. Il déploie son ordinaire gaieté dans les personnages épisodiques d'Hector, de Valère ; de Nérine, suivante d'Angélique et ennemie de Valère ; de la comtesse, sœur d'Angélique, qui croit tous les hommes amoureux d'elle ; de l'usurière, du faux marquis^ dans la bouche duquel Regnard place les brillants couplets marqués du refrain fameux : « Allons, saute, marquis. » Regnard, dans sa préface, se défend du plagiat dont l'accusait Dufresny, auteur du Chevalier joueur.

Voici comment Sainte-Beuve apprécie cette pièce : a Avec le Joueur la grande comédie commence. Le caractère est bien soutenu.

l'inirigue bel et bien nouée, les scènes pleines et sans langueur, l'action attachante et jusqu'à la fin en suspens, le style surtout dru, ample, aisé, délicieux... Le caractère principal a beaucoup de vérité : cet homme qui a joué, qui joue et qui jouera, qui toutes les fois qu'il perd sent revenir sur l'eau son amour, mais qui au moindre retour de fortune lui refait banqueroute de plus belle, cet homme est incurable... Je m'étais dit d'abord : puisque Angélique aime réellement Valère, elle doit l'épouser malgré son défaut, et lui continuera de jouer, sauf à la rendre malheureuse... Mais une femme me fait remarquer qu'à ce dénouement, lorsque Angélique a trouvé son portrait aux mains de la revendeuse, il y a quelque chose dans son âme qui domine à bon droit l'amour, c'est V amour-propre. Elle aime Valère, mais, en aimant, elle souffrira et ne l'épousera point. Voilà ce qu'il y a de plus naturel chez une femme, et Regnard l'a trouvé. »

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