LES MÊMES ; LAURE
LAURE, à Orantée.
Prince, sur qui le ciel répand en ce beau jour Les plus riches trésors et d’hymen et d’amour.
En faveur des beaux yeux dont vous sentez les flammes. Et du sacré lien qui va joindre vos âmes.
204 LAURE PERSÉCUTÉE
Écoutez-moi, Seigneur, et que votre équité Juge d’un différend de même qualité.
ORANTÉE.
Au nom d’une si belle et si chère alliance,
Je ne vous puis qu’ingrat nier cette audience ;
Mais l’empire absolu que Madame a sur moi Lui fera prononcer l’arrêt que je vous doi ;
La qualité du jour, celle de l’occurrence,
Et le sexe, m’oblige à cette déférence.
l’infante.
Monsieur, dispensez-moi...
ORANTÉE.
Ne vous défendez pas
D’un droit si légitime à vos charmants appas,
Et ne lui niez pas cet acte de justice.
l’infante.
Puisque vous l’ordonnez, il faut que j’obéisse.
Parlez donc, et, forçant votre mal apparent.
M’exposez en deux mots quel est ce différend.
LAURE, à genoux.
Le ciel à mes malheurs destine du refuge.
Puisque dedans mon sexe il a choisi mon juge.
Et que, pour obtenir l’arrêt qu’on me rendra,
Avecque mon bon droit nature parlera.
Cet enfant redoutable à tout ce qui respire.
Qui jusque sur vous-même établit son empire.
Ce puissant roi des cœurs est auteur du souci Qui consume ma vie et qui m’amène ici.
Madame, ce discours me sied mal à la bouche ;
Mais qui peut fuir l’amour? est-il rien qu’il ne touche? En un si beau combat la force du vainqueur N’excuse-t-elle pas la faiblesse du cœur?
Je n’en rougis donc point : j’aime, et l’objet que j’aime Répond de même ardeur à mon amour extrême ;
Ou, puisque le premier il engagea sa foi.
Je paye, à dire mieux, l’amour qu’il a pour moi.
Ce jour, qui vous est doux autant qu’il m’est contraire, Où d’un si bel hymen le flambeau vous éclaire.
Ce jour si désiré, si cher aux yeux de tous.
Avec la même torche éclairerait pour nous.
Si ma condition, à la sienne inégale,
N’armait une puissance à nos désirs fatale.
Qui destine plus haut la foi que j’ai de lui.
Et nous comble tous deux de misère et d’ennui :