‹ Théâtre choisiChapitre 177 sur 375 · LES MÊMES ; LÉLIE, ÉRASTE, ERGASTE · texte numérisé non relu

LES MÊMES ; LÉLIE, ÉRASTE, ERGASTE

LÉLIE

Est-ce pour honorer l’appareil de ma perte Que l’on s’assemble ici?

CONSTANCE

L’affaire est découverte :

Votre père a tout su, mais par d’autres que nous.

LÉLIE

Que diffèrent donc plus les traits de son courroux ?

ANSELME

Satisfaites, Lélie, aux jugements célestes ;

D’un profond repentir détestez vos incestes,

Et, pour les réparer, renoncez à nos yeux Aux plaisirs interdits d’un hymen vicieux :

LA SŒUR

Épousez Éroxène, et quittez Aurélie.

LÉLIE

Vous êtes, comme auteur, maître aussi de ma vie ; Mais je ne le suis pas de mes vœux ni de moi.

Pour si facilement disposer de ma foi.

S’il faut que mon forfait par mes remords s’efface,

J’en veux mourir coupable, et ne veux point de grâce.

ÉROXÈNE.

Et toi, pour satisfaire à mon cœur irrité,

Et lui faire raison de ta légèreté.

Traître, oublie Eroxène, et qu’au sort d’ Aurélie Un serment solennel aveuglément te lie.

ÉRASTE

Vous êtes souveraine et pouvez tout sur moi,

Hormis de m’imposer cette barbare loi.

ERGASTË.

Et si, sans vous contraindre, ou vous rendre Coupables, De ces deux changements je vous rendais capables?

LÉLIE

Ton effort serait vain.

ÉRASTE

Le ciel ne le peut pas,

CONSTANCE

O l'agréable erreur !

ANSELME

O plaisirs pleins d’appas !

C’est trop vous voir souffrir et vous laisser en peine : Aurélie aujourd’hui se trouve être Éroxène,

Et l’astre dominant dessus notre maison A fait que d’Éroxène Aurélie est le nom.

Par ce rare incident votre hymen est sans crime,

Et ce qu’on vous pfèscrit se trouve légitime.

ANSELME

Oui, mon fils, oui, mon gendre, et cette vérité Semble un jeu pour notre heur dans le ciel concerté : Ainsi, sa providence aux siens est salutaire.

Mais allons à loisir éclaircir ce mystère.

Par qui, mon cher Éraste, Aurélie est à vous.

Et de la sœur le frère est légitime époux.

LÉLIE

O ciel! de ce transport un homme est-il capable?

AURÉLIE

Vous couriez au supplice, et n’étiez point coupable.

Page 1