‹ Théâtre choisiChapitre 187 sur 375 · ACTE I, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE V

Ont acquis dans la scène un légitime bruit,

Et de qui certes l’art comme l’estime est juste, Portent les noms fameux de Pompée et d’Auguste; Ces poèmes sans prix, où son illustre main D’un pinceau sans pareil a peint l’esprit romain, Rendront de leurs beautés votre oreille idolâtre,

Et sont aujourd’hui l’âme et l’amour du théâtre.

VALÉRIE

J’ai su la haute estime où l’on les a tenus ;

Mais leurs sujets enfin sont des sujets connus;

Et quoiqu’ils aient de baau, la plus rare merveille. Quand l’esprit la connaît, ne surprend plus l’oreille. Ton art est toujours même, et tes charmes égaux. Aux sujets anciens aussi bien qu’aux nouveaux ;

Mais on vante surtout l’inimitable adresse Dont tu feins d’un chrétien le zèle et l’allégresse. Quand, le voyant marcher du baptême au trépas.

Il semble que les feux soient des fieurs sous tes pas.

MAXIMIN

L’épreuve en est aisée.

ÜENEST.

Elle sera sans peine.

Si votre nom. Seigneur, nous est libre en la scène: Et la mort d’Adrien, l’un de ces obstinés, ^

Par vos derniers arrêts naguère condamnés,

Vous sera figurée avec un art extrême.

Et si peu différent de la vérité même.

Que vous nous avoûrez de cette liberté Où César à César sera représenté.

Et que vous douterez si, dans Nicomédie,

Vous verrez l’effet même ou bien la comédie.

MAXIMIN

Oui, crois qu’avec plaisir je serai spectateur En la même action dont je serai l’acteur.

Va, prépare un effort digne de la journée Où le Ciel, m’honorant d’un si juste hyménée.

Met, par une aventure incroyable aux neveux,

Mon bonheur et ma gloire au-dessus de mes vœux.

SAINT GENEST

Page 1