SCÈNE II
ADRIEN, représenté par GENEST, FLAVIE, représenté par SERGESTE ; gardes.
FLAVIE
Si le Ciel, Adrien, ne t’est bientôt propice.
D’un infaillible pas tu cours au précipice.
SAINT GENEST
J’avais vu, par l’espoir d’un proche repentir,
De César irrité le courroux s’alentir ;
Mais, quand il a connu nos prières, nos peines.
Les larmes de ta femme et son attente vaines,
L’œil ardent de colère et le teint pâlissant :
« Amenez, a-t-il dit d’un redoutable accent,
« Amenez ce perfide, en qui mes bons offices « Rencontrent aujourd’hui le plus lâche des vices ;
« Et que l’ingrat apprenne à quelle extrémité a Peut aller la fureur d’un monarque irrité. »
Passant de ce discours, s’il faut dire, à la rage.
Il invente, il ordonne, il met tout en usage,,
Et, si le repentir de ton aveugle erreur N’en détourne l’effet et n’éteint sa fureur...
ADRIEN
Que tout l’effort, tout l’art, toute l’adresse humaine S’unisse pour ma perte et conspire à ma peine :
Celui qui d’un seul mot créa chaque élément.
Leur donnant l’action, le poids, le mouvement.
Et prêtant son concours à ce fameux ouvrage.
Se retint le pouvoir d’en suspendre l’usage ;
Le feu ne peut brûler, l’air ne saurait mouvoir.
Ni l’eau ne peut couler qu’au gré de son pouvoir ;
Le fer, solide sang des veines de la terre Et fatal instrument des fureurs de la guerre. S’émousse, s’il l’ordonne, et ne peut pénétrer Où son pouvoir s’oppose et lui défend d’entrer.
Si César m’est cruel, il me sera prospère;
C’est lui que je soutiens, c’est en lui que j’espère ;
Par son soin, tous les jours, la rage des tyrans Croit faire des vaincus et fait des conquérants.
Souvent en ces ardeurs la mort qu’on se propose Ne semble qu’un ébat, qu’un souffle, qu’une rose; Mais, quand ce spectre affreux sous un front inhumai Les tenailles, les feux, les haches à la main. Commence à nous paraître et faire ses approches. Pour ne s’effrayer pas il faut être des roches.
Et notre repentir, en cette occasion,
S’il n’est vain, pour le moins tourne à confusion.
ADRIEN
J’ai contre les chrétiens servi longtemps vos haines.
Et j’appris leur constance en ordonnant leurs peines. Mais, avant que César ait prononcé l’arrêt