ACTE V, SCÈNE III
GENEST
Lâche ! sauve ton âme.
MARCELLE
Une erreur, un caprice, une légèreté.
Au plus beau de tes ans, te coûter la clarté !
GENEST
J’aurai bien peu vécu, si l’âge se mesure Au seul nombre des ans prescrit par la nature ;
Mais l’âme qu’au martyre un tyran nous ravit Au séjour de la gloire à jamais se survit.
Se plaindre de mourir, c’est se plaindre d’être homme; Chaque jour le détruit, chaque instant le consomme; Au moment qu’il arrive, il part pour le retour,
Et commence de perdre en recevant le jour.
MARGELLE
Ainsi rien ne te touche, et tu nous abandonnes?
GENEST
Ainsi je quitterais un trône et des couronnes :
Toute perte est légère à qui s’acquiert un Dieu.