‹ Théâtre choisiChapitre 227 sur 375 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

DIOCLÉTIEN, MAXIMIN, gardes.

DIOCl.RTIEN.

Puisse par cet hymen votre couche féconde Jusques aux derniers temps donner des rois au monde, Et par leurs actions ces surgeons glorieux Mériter comme vous un rang parmi les dieux !

En ce commun bonheur l’allégresse commune Marque votre vertu plus que votre fortune,

Et fait voir qu’en l’honneur que je vous ai rendu Je vous ai moins payé qu’il ne vous était dû.

"Les dieux, premiers auteurs des fortunes des hommes. Qui dedans nos États nous font ce que nous sommes.

Et dont le plus grand roi n’est qu’un simple sujet,

Y doivent être aussi notre premier objet ;

Et, sachant qu’en effet ils nous ont mis sur terre Pour conserver leurs droits, pour régir leur tonnerre. Et pour laisser enfin leur vengeance en nos mains,

-Nous devons sous leurs lois contenir les humains.

Et notre autorité, qu’ils veulent qu’on révère,

A maintenir la leur n’est jamais trop sévère.

J’espérais cet effet, et que tant de trépas Du reste des chrétiens redresseraient les pas :

Mais j’ai beau leur offrir de sanglantes hosties.

Et laver leurs autels du sang de ces impies.

En vain j’en ai voulu purger ces régions.

Je vois du sang d’un seul naître des légions.

Mon soin nuit plus aux dieux qu’il ne leur est utile ;

Un ennemi défait leur en reproduit mille.

Et le caprice est tel de ces extravagants.

Que la mort les anime et les rend arrogants.

Genest, dont cette secte aussi folle que vaine A si longtemps été la risée et la haine.

Embrasse enfin leur loi contre celle des dieux.

Et l’ose insolemment professer à nos yeux ;

Outre l’impiété, ce mépris manifeste Mêle notre intérêt à l’intérêt céleste :

En ce double attentat, que sa mort doit purger,

Nous avons et les dieux et nous-même à venger.

MAXIMIN

Je crois que le préfet, commis à cet office,

Page 1