ACTE I, SCÈNE I
Don Bernard rend au prince un digne témoignage Des fruits qu’à l’Aragon a produits mon courage,
Qui fera succéder l’espoir qne je bâtis Sur la destruction des Sardes déconfits :
Oui, j’ose, sur l’espoir que don Bernard me donne, Prétendre à des degrés proches de la couronnQ;
Et, si l’âme est prophète en ses pressentiments,
De grands effets suivront ces nobles mouvements Qui ne me flattent pas d’une faveur commune.
Et me font défier l’orgueil de la fortune.
LAZARILLE
Le fatal ascendant qui gouverne vos jours Sera donc bien changé de ce qu’il fut toujours?
Car, depuis qu’à vos pas mon mauvais sort m’attache. Le malheur qui vous suit n’a guère eu de relâche.
DON LOPE
Il est vrai que jamais les destins rigoureux N’ont rendu sous le ciel de jours plus malheureux,
Et que tous les revers du sort et de l’envie Semblent pour seul objet avoir choisi ma vie.
Mes plus heureux succès n’ont jamais vu ce bras.
Sans me coûter du sang, achever de combats;
Mes plus justes deseins n’ont jamais eu d’issue Qui remplit mon attente ou qui ne l’ait déçue.
.Je suis encore à voir le seul et premier fruit Que jamais ou l’amour ou le jeu m’ait produit. J’espérais à la cour vaincre par ma constance De cet astre inclément la maligne influence,
Quand avec don Bernard, Catalan comme moi.
Je vins, avec mes vœux, offrir mon bras au roi.
Et, comme à la valeur, qui m’est héréditaire.
Chercher à succéder aux emplois de mon père.
Mais toujours quelque obstacle, arrêtant mes desseins, Pour moi fermait au prince et l’oreille et les mains,
Au lieu qu’une fortune à nulle autre seconde.
Mais à qui don Bernard n’a rien qui ne réponde. D’abord l’insinuant en l’estime du roi,
Ouvrait toujours pour lui ce qu’il fermait pour moi. Mit bientôt ce grand homme au plus haut de sa roue. Et, f élevant si haut, me laissa dans la boue.
Enfin, ayant acquis par nos communs tributs,
Lui de telles faveurs, moi de si longs rebuts.
Les Sardes révoltés nous ont ouvert la lice Où je pouvais sort afïronler l’injustice.
Et, me le soumettant, arracher de ce bras Les faveurs qu’il me doit et ne me donne pas.
LAZARILLE
A voir de quels dédains la fortune me traite.
Nous devons être nés dessous même planète ;
Jamais occasion d’intérêt ou d’honneur Par son événement n’a marqué mon bonheur;
Mais surtout qu’en mon choix le sort me fut contraire, Quand, me donnant à vous, Ursin suivit Cabrère !
Son maître auprès du roi possède un rang si haut Que tout rit à ses vœux, que rien ne lui défaut ;
Et, dans le triste cours du malheur qui vous presse. Cette lame enrouillée est toute ma richesse.
DON LOPE
Le service important qu’a rendu ma valeur Fera bientôt cesser ta plainte et mon malheur :
Les fruits de l’amitié dont Cabrère m’honore Ne peuvent plus tarder et sont tout près d’éclore : J’attends de son paquet, que je viens rendre au roi, L’infaillible faveur d’un honorable emploi,
(Il cherche dans sa poche.)
Et puis... Mais quelle peine est celle où je me treuve? Oh! de mon mauvais sort la plus fatale épreuve,
Et qui de mes malheurs me rend le plus confus !
Ce paquet...
LAZARILLE
Est perdu ?
DON LOPE
Je ne le trouve plus.
O négligence insigne, et surprise importune !
J’ai joint si peu de soin à si peu de fortune.
Et si mal conservé le gage glorieux
Qui devait rendre au roi mon nom si précieux?
LAZARILLE
Le sort nous en veut trop, il faut qu’il nous achève.
Et sa haine est pour nous sans quartier et sans trêve. Mais voyez bien : peut-être aurez-vous mal cherché ; Vous l’aviez ce matin où nous avons couché : L’auriez-vous oublié? Cherchez mieux, je vous prie.
DON LOPE
Je l’aurai pu laisser dedans l’hôtellerie ;
Mais retourner si loin serait un vain souci, Puisqu’enfm aujourd’hui Cabrère arrive ici,
M (|ue sur le chemin ma blessure ^ouverte,