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SCÈNE II

DON PÈDRE, LE COMTE, gardes.

LE COMTE

Quel travail, altérant l’air de votre visage,

Presque du mouvement vous dérobe l’usagp.

Et vous cause. Seigneur, cet assoupissement?

don PÈDRE.

Le sommeil nous pressant se vainc malaisément ;

La musique, le jeu, cent tours à la fenêtre De cet astre inhumain qui n’a daigné paraître.

Cent plaintes à sa porte et cent soupirs sans fruit, M’ont ôté le repos de l’âme et de la nuit ;

Tant que, m’ayant des sens presque interdit l’usage, Le jour veut de la nuit me réparer l’outrage.

Mais don Bernard arrive, et vient d’un doux réveil Guérir ma lassitude et charmer mon sommeil :

Il a tant fait pour moi que, pour sa récompense. Mon pouvoir aujourd’hui connaît son impuissance.

Les prix qui d’un grand cœur suivent les grands exploits Sont les plus clairs brillants des couronnes des rois :

Aux grandes actions leur charme nous invite ;

Par eux l’âme s’élève et la vertu s’excite ;

Par eux il n’est dessein dont on ne vienne à bout,

Et ne rien épargner est l’art d’acquérir tout.

Mais si pour un sujet jamais vos mains royales Ont eu lieu de s’ouvrir et d’être libérales,

Don Bernard, si fameux par tant d’occasions.

Est le plus digne objet de vos profusions,

Puisqu’aux nobles travaux de ce courage illustre Les armes d’Aragon doivent leur plus beau lustre,

Et qu’enfîn, quelque éclat dont il soit revêtu.

Son rang sera toujours moindre que sa vertu.

DON PÈDRE

Il connaît ma faiblesse à le bien reconnoître ;

Il épuise ma force à force de l’accroître :

Par nos communs bienfaits il l’emporte sur moi ;

Je lui donne en vassal, et lui me donne en roi :

Mais l’amitié, qui rend toute chose commune.

Lui va, comme mon cœur, partager ma fortune.

Et sur son seul mérite appuyer mon pouvoir.

Il arrive ; avançons, allons le recevoir.

Et bâtir aujourd’hui le plus haut édifice Qu’aient jamais élevé le sort et la justice.

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